INTERVIEW DU GROUPE NYSTAGMUS

Photographies © Virginie Godfrin
Interview > Rachel Thonart Nardellotto
Rédaction > Eugénie Baharloo

 

 

 

Jouant sur les énergies et une écoute mutuelle, le duo Nystagmus propose des expériences musicales nourries de free-jazz, de free-rock et d’improvisations! Tom et Farida ont répondu aux questions de Quatremille, on vous laisse découvrir ce qu’ils ont à dire!

 

 

 

Quatremille : « Donnez-moi votre punchline? »

Nystagmus : « Le passé est une expérience, le présent est une expérimentation et le futur est l’attente. »

 

Quatremille : « Pourquoi «Nystagmus? Référence philosophique à l’oeil? Rapport de la musique au médical? »

Farida : « J’ai fait des études paramédicales. J’adore le jargon médical. J’ai donc proposé à Tom de trouver un nom de groupe un peu spécial qui serait tiré du dictionnaire médical. Nous avons choisi parmi une petite liste de 10 noms. Nous nous sommes rapidement mis d’accord sur « Nystagmus » car notre musique est nerveuse, et nous aimions la consonance harmonieuse du mot. Aussi, on distingue plusieurs types de nystagmus, en terme de maladie. Notre musique est influencée par plusieurs styles et nous passons régulièrement d’un mode de jeu à un autre, d’un univers à un autre, tout en gardant cette « base » rythmique assez nerveuse. Puis, il faut croire que nous sommes attachés aux noms liés à cet organe des sens…! »

 

Quatremille: « Définissez votre projet musical ? »

Nystagmus : « On a commencé ensemble comme rythmique du Centième Orkestra, groupe de hip-hop. Et puis de là on s’est fait quelques sessions de travail ensemble, pour bosser le groove au début. Puis parfois ça a viré en impro totale, avec de plus en plus d’éléments noise et free. Et petit à petit, on s’est construit notre son comme ça. A force d’explorer sans se donner de limites, il y a des éléments qui revenaient, et surtout, on arrivait de mieux en mieux à réagir aux propositions de l’autre. Dans Nystagmus, la musique est entièrement improvisée, rien n’est prévu à l’avance : ni en concert, ni pour le double album qu’on a enregistré. On joue beaucoup sur des textures sonores plus que sur des notes, sur l’énergie plus que sur le rythme. Ce qui en ressort est une musique qu’on devrait sans doute appeler « expérimentale », avec beaucoup d’éléments venant de la noise, du free-jazz, free-rock ou de l’impro libre, mais on ne se limite à rien donc c’est tout a fait possible qu’un groove ou de la mélodie apparaissent.

On a fait quelques concerts en duo, au Cercle du Laveu, à L’An vert, au point de vue de la citadelle (merci Young Girls Record!) et aussi à Bruxelles et Anvers (merci SoundInMotion!). On est aussi tous les deux membres de L’Oeil Kollectif, avec 6 autres musiciens improvisateurs, basés à Liège. Dans ce cadre, on crée aussi des rencontres avec d’autres musiciens improvisateurs, belges et étrangers, pour des sessions privées, des enregistrements ou des concerts. »

 

Quatremille : « La musique expérimentale peut être plus difficile d’accès – particulièrement dans une société ou la musique mainstream est de plus en plus conséquente. C’est une volonté ou un état de fait? Comment vous positionnez-vous? »

Nystagmus : Nous pensons que c’est surtout un état de fait. C’est comme ça! Effectivement la société ne pousse pas les gens à être curieux, d’une manière générale. Elle ne pousse pas non plus à une grande diversité culturelle. Après nous on fait ce qu’on ressent. Il n’y a pas une volonté d’être hors de la norme à tout prix. Par contre, en y étant, par état de fait, il y a une volonté en tant que musicien, en tant que collectif, et aussi en tant que citoyen, de défendre ce qu’on fait, de défendre notre voix, d’essayer (et donc se battre un peu, malheureusement) de la faire entendre! On ne veut rien imposer. Mais on ne trouve pas ça correct qu’une pensée unique dominante soit imposée. Donc voilà, on essaye d’exister là-dedans.

Je crois qu’on a pas mal de chance à Liège, parce qu’il y a pas mal de gens qui ont cette conscience là. Des gens qui créent, qui proposent de l’alternative ou aident. Il y a aussi des lieux – on a parlé de L’An Vert où L’Oeil Kollectif est très bien accueilli et soutenu mais il y en aurait plusieurs à citer-, des organisateurs, des festivals, des médias! Ca bouge vachement à Liège ces temps-ci, il y a une chouette émulation et de l’entraide. Les gens se rencontrent, quelque soit leur milieu. Là, je ne parle pas seulement de la musique improvisée ou expérimentale, mais de toute cette culture alternative qui est très riche à Liège, on sent vraiment quelque chose qui vit! »

 

Quatremille : « Qu’est-ce que Liège a amené dans votre parcours artistique ? »

Nystagmus : « Liège nous a permis de nous rencontrer, ce qui est déjà une chance pour nous! Elle nous a également permis de rencontrer d’autres musiciens (L’œil Kollectif, Le Centième Orkestra) et de collaborer avec eux. Nous pensons que le fait de jouer divers styles musicaux et de rencontrer des gens aussi ouverts d’esprit est ce qui nous sert de tremplin dans notre parcours. C’est ce qui nous permet et va nous permettre d’évoluer en Wallonie, à Bruxelles ou en Flandre, et qui donne l’occasion de pouvoir parfois jouer dans des pays voisins comme l’Allemagne, la France, la Hollande ou L’Angleterre. »

 

Quatremille : « Quelles actus à venir pour Nystagmus? »

Nystagmus : « On est allé à Amsterdam il y a peu, et l’Oeil Kollectif  a invité un duo de violoncelle, Hapax, à L’An Vert, le week-end dernier. Pour 2017, il y aura toujours les activités régulières du collectif, à L’An vert, à La Zone et au Hangar. Et en ce qui concerne Nystagmus, quelques concerts à Bruxelles sont déjà programmés et d’autres vont sans doute se rajouter au planning en Belgique et à l’étranger. Et puis, on pense à enregistrer un deuxième album…On verra! »

 

On écoute leur morceau Words pour avoir un aperçu de leur univers :

 

On like et on suit la page facebook de Nystagmuscelle de L’oeil Kollectif, et on check leur album sur leur Bandcamp!