INTERVIEW DU CREW ONE NATION

Photographies © Rachel Thonart Nardellotto / © Quent Go
Interview > Laurenne Makubikua
Rédaction > Laurenne Makubikua

 

 

Dernière équipe à rejoindre l’organisation du Battle Of Style, One Nation est avant tout un crew de danse 100% féminin. À l’image d’un orchestre ou d’une harmonie, chacune excelle dans la pratique de son instrument qu’est la danse. En cheffes d’orchestre, Roxane et Sarah gèrent d’une main de fer ce crew très éclectique. Toutes deux – anciennes professeures de danse hip-hop à Liège- ont décidé de quitter ces écoles « mainstream » pour se consacrer à la création de leur collectif : One Nation. Ce dernier est composé de One Nation Kids qui regroupe des enfants au niveau de danse incroyable. Les Juniors, des adolescentes qui prendront la relève du crew plus tard.

Puis, il y a les One Nation, un crew composé de Hendrick, danseuse hip-hop spécialisée dans le krump depuis quatre ans et membre du crew BBF. Elle a d’ailleurs gagné le Battle Of Style dans la catégorie Krump. Rachel est, quant à elle, spécialisée dans le breakdance et en fait depuis l’âge de 10 ans. Alexandra, qui danse depuis ses quatre ans, fait principalement du hip-hop. Puis il y a Samatha, membre du jury du Battle Of Style et championne de House du haut de ses 23 ans. Jeny est la pro du afrohouse dans le crew. Et enfin Jeanne amène sa touche contemporaine.

Suite à la 5ème édition de la Battle Of Style, Hendrick, Alexandra, Rachel, Roxane et Sarah ont répondu aux questions de Quatremille! On vous laisse découvrir ce qu’elles ont à dire!

 

 

 

 

Quatremille : « Quelle est votre punchline ? »

One Nation :  Keep your identity !  Garde ton identité, garde les pieds sur terre, reste humble quoi.»

 

Quatremille : « Pourquoi One Nation ? »

Sarah : « Il y a 6 ans, j’ai été appelée pour faire une prestation ici à Liège. J’ai réuni des filles dont Roxane et Samantha (qui font parties du crew maintenant) et d’autres personnes qui ont fait partie de One Nation avant, mais qui sont parties, car elles n’avaient pas les mêmes objectifs que nous. Bref, on était réunies pour faire un show.

Et il y avait une musique de Rick Ross et dans cette chanson, il dit « one nation ». Je ne sais pas pourquoi, ça nous a « enjaillé » et on a kiffé. Et on s’est dit « One Nation », c’est une nation et on était que des filles. Puis, on a Roxane d’origine belge, moi d’origine marocaine, Samantha d’origine congolaise… C’était vraiment un mix et c’était vraiment ce qu’il nous fallait. Donc on s’est dit, on va garder ça. C’était cool, vu qu’on galérait un peu pour trouver un nom de crew. »

 

Quatremille : « Et justement, ce n’est pas dur de s’imposer dans un milieu assez masculin en tant que crew féminin ? »

Roxane : « Franchement, nous on a de bons rapports avec tous les garçons du milieu donc pour nous ce n’est pas dur. Après, il y a toujours quelques petites réflexions à gauche à droite qu’on entend. On s’est beaucoup battues depuis le début, franchement. Mais on ne lâche rien, on est toujours là et on voit qu’on se serre les coudes et l’on ne fait qu’avancer. Donc les jaloux, on s’en fout. »

 

Quatremille : « Plus personnellement, qu’est-ce que la danse vous a apportée ? »

Roxane : « La danse m’a permis d’oublier certaines choses négatives, des émotions du passé. Du coup, quand je me retrouve en salle de danse, tout ça, c’est derrière moi. J’étais là uniquement pour la danse. Et ça, ça m’a vraiment fait du bien. Et j’espère que le Hip-hop pourra servir à d’autres jeunes en situation difficile, justement pour évacuer tout ça et se décharger. »

Alexandra : « Pour moi, c’est quasiment la même chose, mais c’est aussi une question de pression. Je parle surtout de la pression scolaire et d’autres choses comme ça. Ce n’est pas toujours évident de gérer ça et franchement, ça fait vraiment du bien de se trouver dans une salle de danse avec des gens que l’on aime et de ne penser à rien d’autre que ce que tu es en train de faire. Avoir le plaisir de danser, de laisser de côté toutes les choses futiles de la vie qui tournent autour de nous d’habitude. »

Sarah : « Idem, ça m’a permis de beaucoup m’épanouir. Ça m’a permis aussi de trouver ma voie. One Nation en tout cas m’a permis de trouver ma voie dans la danse et la chose qu’il me fallait en fait. La danse m’épanouissait avant, mais pas autant que maintenant. Là, j’ai l’impression que je revis, comme si je revivais la danse. J’ai l’impression que j’ai vécu deux fois dans ce truc-là. Ce sont deux choses totalement différentes. One Nation me permet de voir mes projets futurs, mes épanouissements personnels aussi. »

Rachel : « Moi, c’est pour libérer mon esprit. J’ai beaucoup d’énergie en moi, le fait de danser me permet de rentrer plus sereine à la maison et mon corps est fatigué, ça fait vraiment du bien. »

 

Quatremille : « Quelles sont vos influences ? »

Sarah : « Roxane et moi avons la même influence en particulier, ou plutôt une inspiration. Ce sont les Swaggers. C’est un crew Hip-hop féminin qui est basé sur Paris et dont la chorégraphe principale est Marion Motin. Aujourd’hui, elle est chorégraphe pour Stromae et plein d’autres artistes. Et c’est elle qu’on a toujours admirée, respectée. On s’est toujours dit, quand on a quitté les écoles de danse, c’est ça que l’on veut : faire un crew de filles qui représente bien le Hip-hop, ici, à Liège!
Parce que c’est vrai qu’à Liège, il y avait des crews mais c’était beaucoup et plutôt commercial. Il n’y avait pas vraiment de crew féminin qui représente le Hip-hop avec tous les styles qui vont avec : House, Krump, etc. Je pense que notre influence principale ce sont les Swaggers et dans le côté masculin, le RAF crew, basé sur Paris aussi et qui travaille avec les Swaggers dont Grichka ici est jury pour la Battle Of Style. Ce sont vraiment ces esprits-là, ces mentalités, ce style, cet univers-là que l’on aime bien et que l’on respecte. »

 

Quatremille :  « Au niveau de la scène liégeoise, que pouvez-vous en dire ? »

Alexandra : « Quand nous on a commencé, il n’y avait pas vraiment un crew où on pouvait dire « ah un crew liégeois, on veut être comme eux ». Enfin, il y a le crew BBF mais ce n’est pas du tout le même style de danse que nous, c’est du Krump. Mais eux aussi ont réussi à faire grandir ce style de danse dans Liège, dans la Belgique. Et on a voulu apporter ça de notre côté avec le Hip-hop.»

Sarah : « Après, il y a beaucoup de gens que l’on respecte ici à Liège. Il y a le crew OPB, ce sont des breakers. Mais il y a aussi Avalanche, les deux chorégraphes sont d’ici :  ils sont liégeois mais ils ont leurs écoles basées sur Charleroi. Ce sont des gens que l’on respecte et avec qui on est prêtes à travailler et collaborer…Des gens qui par leur mentalité nous influencent beaucoup.»

 

Quatremille : « Du coup, Liège est plutôt un frein ou un tremplin ? »

Sarah : « Ca nous a clairement ouvert des portes, dans le sens où il n’y avait rien. Quand on a démarré y a trois ans One Nation, il n’y avait pas de crew. Le seul crew qu’il y avait n’était pas pareil que nous. Ce n’était pas des crews qui se déplaçaient en battle. Ce n’était pas des crews qui dansaient freestyle. Ce n’était pas des crews qui fréquentaient vraiment le milieu Hip-hop à proprement parlé ou qui  s’y ’intéressaient en tant que culture au sens large : que ce soit le rap, le djing, etc. Du coup, ça a été bien pour nous forcément parce qu’il n’y avait rien. Il ne se passait rien. Et même si aujourd’hui, il n’y a pas mal de crews qui sont en train d’émerger, je pense que l’on reste les seules à avoir l’esprit très Hip-hop – je parle bien sûr de la danse debout- avec la particularité de n’être que des filles. Liège est donc un tremplin oui ! »

 

Quatremille : « Liège en deux mots ? »

Roxane : « Talents cachés, parce qu’il y a beaucoup de talents, mais qu’on ne les voit pas toujours. »

 

Quatremille :« Liège, en un QG ? »

Sarah : « La gare, car malheureusement, on n’a pas de structure pour aller danser. »

Roxane : « La gare ou chez moi, il y a des miroirs chez moi et donc on s’y entraine. »

 

Quatremille : « Quelles sont vos actus à venir ? »

Sarah : « Une nouvelle création, mais aussi le lancement de la compagnie One Nation. En 2017, on aimerait officialiser la structure One Nation dans le sens où on est à la recherche d’une salle.  On voudrait officialiser une salle pour nous. Pour nos trois crews, pour le collectif, pour les gens avec qui on travaille. Pour ouvrir des sessions freestyle. Pour faire tout ce dont on a envie dans la danse, entre nous et avec les gens qui travaillent avec nous et veulent bouger avec nous tout simplement. »

Roxane : « Parce que l’on part de rien, on a besoin d’aide et de soutien. Et ça serait bien que ça soit entendu. »

Hendrick « Le 1er avril, à Bruxelles je fais une représentation théâtrale. C’est une pièce uniquement Krump, mais vraiment théâtrale avec un thème, je vous en dirais plus. On reste en contact (rires). »

 

 

Et sans plus tarder, on like et on suit la page facebook de One Nation et si ce n’est pas encore fait, on check la chronique sur la Battle Of Style #5 !