TU M’VOIS OU TU M’VOIS PAS… LAISSEZ COURIR VOTRE IMAGINATION !

Rédaction : Cécile Botton / photos : Guillaume Damit et Lætitia Lakaye

« Tu me vois, Tu ne me vois pas » : rendez-vous en Pierreuse pour découvrir cette exposition de Lætitia Lakaye & Guillaume Damit à la librairie Entre-Temps, visible jusqu’au 29 janvier. Cécile Botton, chroniqueuse de Quatremille a profité d’une rencontre avec les deux artistes pour y jeter un coup d’œil…

"Tu me vois-tu ne me vois pas"  © Guillaume Damit
« Tu me vois-tu ne me vois pas » © Guillaume Damit

Espace grand format dans la cave de Barricade

Rencontre avec deux passionnés qui m’emmènent directement dans l’antre de Barricade ! Ici pas de cadre, juste des séries de dessins accrochés aux murs de cette cave voûtée ! Envoûtée par ces esquisses emplies de vides, l’espace d’un instant, ma créativité débordante est comblée… Dans ma tête, tout se met en mouvement ! J’adore cette technique où l’imagination doit combler le vide. « Certaines personnes cherchent, d’autres préfèrent garder l’espace vide ou bien sont profondément énervées de ne pas savoir ce qui s’y cache ! … Et certains, persuadés d’avoir trouvé, donnent des explications qui n’ont rien à voir ! Voilà, c’est un jeu assez sympa que j’avais envie de mettre en place afin de travailler sur des aplats en mouvement » explique Lætitia.

Happée par ces trois murs, je n’avais pas remarqué celui du fond entièrement recouvert de portraits. « J’ai fait une série de petits dessins… Ici, c’est une déclinaison imprimée sur une tapisserie avec l’idée de travailler en mode illustration » lâche Guillaume. 

Culture de l’intime au cœur de la librairie
"Tu me vois-tu ne me vois pas" © Laeticia Lakaye
« Tu me vois-tu ne me vois pas » © Laeticia Lakaye

Car si la technique de Lætitia faite des traits microscopiques donnant cette impression de mouvements, de vibrations est commune aux deux lieux, les formats quant à eux diffèrent. Dans cette petite salle nichée au cœur de la librairie, on retrouve les portraits de famille de Lætitia placés dans de petits cadres tandis que la collection de portraits de Guillaume est alignée sous la forme d’une fresque. Les deux artistes sont partis de photos. Pour Guillaume, il s’agit d’épingler des visages rencontrés au quotidien afin d’en faire un répertoire alors que Lætitia va sélectionner des vieilles photos de famille. « Tout se joue dans la transformation de cette image … En fait, on soustrait pas mal de choses pour en révéler d’autres qui n’apparaissent pas comme telles et ça, autant dans les contours que dans les masques buccaux qui disparaissent » poursuit Guillaume.

Ce projet a démarré fin 2019 juste avant la pandémie. Il est difficile de capter des portraits au quotidien durant le confinement. « Et puis, le masque… Je n’avais pas imaginé que ça devienne transgressif de demander à voir le visage, c’était inattendu, mais ça s’est intégré au projet ! » enchaine Guillaume.

Si tous deux utilisent les traits microscopiques tracés aux feutres ultrafins afin de donner vie à leurs portraits de départ, Lætitia ajoute un fond d’aquarelle pour traiter ses photos qui s’étalent sur plusieurs générations.  « Ce sont des souvenirs que je n’ai pas toujours vécus… C’est un peu cette histoire familiale qui se développe avec tous les souvenirs perdus, ceux qui sont racontés, qui ne sont pas les miens et que je transforme. D’ailleurs certains se reconnaissent sur les clichés, d’autres pas. Et enfin, il y a des personnes qui trouvent que cela ressemble à leurs photos de famille » explique la dessinatrice. À nouveau, il s’agit de combler des vides bien différents. Ici, on a des portraits plus figés, plus petits, beaucoup plus intimes que dans la cave. « Et puis la couleur ne vient pas uniquement des photos, mais aussi des ambiances qui traînaient dans ma tête ou que je voulais rendre par rapport à ces moments-là » conclut Lætitia.

Sur une petite table, un album à colorier

En parallèle à la série « Répertoire », Guillaume propose cet album que l’on peut colorier durant l’expo et que l’on peut également commander. De petits bouts de textes accompagnent chaque dessin. « C’est de l’écriture fragmentaire, des petites phrases qui me sont venues pendant toute cette période, souvent quand j’étais assis face à mes dessins dans l’atelier… C’est la première fois que j’écris comme ça, mais ça me convient très bien ! »

Cet album donne de petites clés pour aider le spectateur à entrer dans l’état d’esprit du dessinateur. Par exemple à côté du portrait de Lætitia, on lit la phrase suivante : « Peut-être qu’un jour, on ne se verra plus. » « Elle est toute courte, mais elle fend le cœur cette phrase-là ! Avant, on se voyait tout le temps : on était collègue, on ne l’est plus ; on était voisin, elle a déménagé… Alors, ce projet-ci, c’est comme un acte « psychomagique » … Il y a eu ce rapport-là très fort avec Læti pour faire cette expo ! » conclut Guillaume.

Par ailleurs, les deux artistes vous invitent au finissage qui se déroulera le 29 janvier à 18h. Ils vous ont réservé quelques surprises à cette occasion ! Envie de découvrir, l’exposition gratuite est visible du lundi au samedi de 12h30 à 18h à la librairie Entre-Temps.