GHETTO BLASTER FOREVER

Photographies © Ghetto Blaster
Interview > Rachel Thonart Nardellotto

 

 

 

 

Quatremille a rencontré Ghetto Blaster ! Nous vous livrons l’interview de Rachel Thonart Nardellotto !

 

 

 

 

Quatremille : «  Quelle est ta punchline ? »

Ghetto Blaster : « Démerde-toi pour arriver à devenir qui tu veux être. »

 

Quatremille : «  Pourquoi Ghetto Blaster ? »

Ghetto Blaster : «  À l’époque, avec les autres, on rêvait d’avoir un poste — un Ghetto Blaster — pour pouvoir breaker n’importe où. Quand on l’a eu, c’était vraiment compliqué : on devait piquer des batteries pour pouvoir alimenter le poste et aller danser place Saint Lambert… Mais c’était bon ! Le Ghetto Blaster est surtout un symbole de la culture hip-hop. Puis, le terme « ghetto » est bien en phase avec mon vécu. Je viens d’une cité où la mentalité c’est : démerde-toi pour arriver à ce que tu veux. Dans la vie, je pense qu’il faut y croire, sans jamais lâcher l’affaire. C’est ça qui m’a permis d’être là où j’en suis aujourd’hui. »

 

Quatremille : « Peux-tu nous expliquer comment est né Ghetto Blaster ? »

Ghetto Blaster : « Mon envie de tenir un magasin dédié au hip-hop date déjà d’il y a 15 à 20 ans. Il y a quelques années, avec un ami, on s’était associés pour ouvrir le premier shop « Ghetto Blaster ». Malheureusement, ça ne s’est pas très bien passé et on a dû fermer. Je n’ai cependant pas voulu m’arrêter là. Quand je commence quelque chose — que ça soit dans le breakdance, le graffiti ou dans la vie en général — j’aime le faire jusqu’au bout. J’ai été contacté par l’agence Stoler Immo, qui m’a conseillé de relancer mon projet. Visiblement, mon magasin était important et amenait de la vie dans le quartier. On m’a donc proposé un lieu, le temps de me refaire. À partir de là, tout s’est enchaîné : j’ai mis des choses en place, j’ai rentré un dossier chez MicroStart (qui a finalement accepté de m’accorder un crédit) et c’était reparti ! »

 

Quatremille : «  Considères-tu cela comme un nouveau départ ? »

Ghetto Blaster : « Clairement. J’ai décidé de relancer ce projet mais en apprenant de mes erreurs passées. C’est effectivement un nouveau départ mais le concept du magasin est le même. Par exemple, je reste fidèle aux marques avec qui je fonctionnais la première fois. On peut notamment retrouver de grosses marques comme Montana, ou encore la marque de mes potes, Wrung, avec qui je collabore depuis plus de 25 ans maintenant. Je continue, évidemment, à vendre des bombes, des skates, des vêtements ou encore des vélos. Mais, aujourd’hui, mon magasin est aussi un lieu d’exposition pour les jeunes artistes. Je vends également les CDs de jeunes musiciens et rappeurs. Je ne fais pas ça pour gagner de l’argent — ce ne serait pas le meilleur plan (rires) — mais plutôt pour aider les artistes locaux et des jeunes à se lancer. Je suis dans le milieu du hip-hop depuis 25 ans et je sais combien c’est dur d’avancer et de se faire un nom. Si on ne m’avait pas aidé, je n’en serais sûrement pas là. Ne serait-ce que pour le magasin, j’ai été épaulé pour les pubs, les meubles, le logo, etc. J’ai envie de pouvoir être un soutien à mon tour. J’ai également engagé Alex — un jeune graffeur prometteur — qui m’assiste dans le nouveau magasin. »

 

Quatremille : « Peux-tu nous parler de ton parcours ? »

Ghetto Blaster : « Je suis belge et péruvien. J’ai grandi dans une cité à Ans. Mon père était footballeur professionnel et il aurait tout fait pour que je suive la même voie que lui. Quant à ma mère, elle s’inquiétait beaucoup pour moi parce que, à l’école, je passais plus de temps à dessiner qu’à travailler. Heureusement, je courais assez vite pour leur échapper (rire) ! À un moment donné, j’ai déménagé et me suis retrouvé au Val Saint Lambert (Seraing). C’est à cette époque que j’ai rencontré Jaba et les JNC. Ce sont ces mecs qui m’ont encouragé à m’acharner, à entreprendre. C’est également avec eux que j’ai commencé le graffiti et qu’il n’a plus jamais été possible de m’arrêter !

Un autre point important de ma vie : le breakdance. J’ai dansé pour Starflam pendant 15 à 20 ans. Financièrement, je me débrouillais grâce aux deux trois concerts que j’avais par semaine. J’aime le break mais je dois avouer que je me suis tué pour cette danse : quatre tendons déchirés et un morceau de biceps en moins (rires) ! On était des sauvages à cette époque. On ne s’échauffait pas et on s’entraînait 6 ou 7 heures d’affilée. De vrais fanatiques !

En parallèle, j’ai ouvert une salle pour breaker, mais surtout pour m’occuper des jeunes de mon quartier. L’idée était simple : peu importe d’où tu venais, tu étais le bienvenu. On était parfois entre 50 et 80 dans la salle, c’était vraiment un cirque (rires) ! Aujourd’hui, en plus du magasin, je continue à donner des cours de danse à des jeunes en essayant de leur transmettre ma passion. »

 

Quatremille : « Que penses-tu de la nouvelle génération graffiti et breakdance? »

Ghetto Blaster : « Je trouve que la mentalité a changé. J’ai parfois l’impression que les gens passent énormément (trop) de temps à se critiquer. À l’époque, la seule « guerre » entre graffeurs était celle qui opposait Liège à Bruxelles, et c’était simplement parce qu’on ne se connaissait pas ! Un jour, on a pris la peine de se rencontrer, on s’est parlé et tout s’est très bien passé. Certains bruxellois ont même rejoint les JNC de Liège. Quand je suis rentré dans le crew des JNC, j’étais le 7e … Aujourd’hui, on est 65. Notre mentalité est plutôt faite de solidarité et d’ouverture. Liège est une si petite ville que, si on commence à se mettre des bâtons dans les roues, personne ne peut avancer. C’est aussi vrai pour les relations avec les graffeurs d’autres pays : je pense que j’ai hébergé des artistes venus de partout ! J’ai aussi l’impression qu’on avait plus de respect pour les anciens. À l’époque, je m’étais beaucoup renseigné sur l’histoire du break et du graff et ça m’avait permis de m’identifier à certains artistes et d’évoluer bien plus vite. Actuellement, c’est comme si les breakers se déplaçaient uniquement pour faire des battles, dans le seul but de gagner des thunes. Cette mentalité ne me plaît pas. Avec mon groupe, on a toujours été dans un esprit positif et on faisait toutes nos battles avec le sourire !

En définitive, c’est cette mentalité que j’essaie de transmettre via mon magasin et pendant mes cours. Le hip-hop peut être très positif. Personnellement, il m’a permis d’éviter bien d’autres conneries dans la vie et je compte bien en faire profiter les autres. »

 

Quatremille : « Y-a-t-il quand même une bonne relève à Liège ? »

Ghetto Blaster : « Bien sûr ! Énormément de gens font du bon boulot. Je pense à Prizon Break ou OPB, et bien d’autres. Je suis même plutôt fier car, pour certains, je les ai connu enfants. C’est une réussite : on a fait bouger ces gosses. Une fois, on m’avait même demandé quatre jeunes danseurs pour une émission et ils sont passés à la télé devant des milliers de téléspectateurs. Certains d’entre eux dansaient depuis seulement un mois mais c’est ce genre d’expérience qui les a motivé à ne jamais arrêter. Et, ça, c’est gagner. »

 

Quatremille : « Au final, tu es une sorte de « grand frère » ? »

Ghetto Blaster : « En quelque sorte, oui. J’ai moi-même été éduqué par des grands frères. Mon but c’est que les jeunes ne fassent pas les cons et qu’ils comprennent ce qu’est vraiment le hip-hop. Et, surtout, qu’il ne lâchent jamais leur passion. »

 

 

    

 

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