QUAND LA GAIETÉ INSOLENTE S’INVITE AU MUSÉE

Rédaction : Mollie Schietecatte / Correction : Ludovic Minon / Photographies © Province de Liège – Musée de la Vie Wallonne

 

L’exposition temporaire Le Jardin du Paradoxe – Regards sur le Cirque Divers est installée depuis peu au Musée de la Vie Wallonne. L’occasion de faire (re)découvrir aux visiteurs un patchwork de tout ce qui a constitué un véritable lieu d’ébullition de la vie culturelle liégeoise – et belge – pendant un peu plus de vingt ans.

Le Cirque Divers. Un lieu à ce point ancré dans la culture liégeoise qu’il semble indissociable de notre cité ardente. Sa simple évocation en fait sourire plus d’un comme s’il mettait tout le monde d’accord. Pour certains, il suscite l’interrogation. Il n’y avait qu’une seule manière de répondre aux questions des plus curieux : direction le vernissage.

À l’étroit dans la grande salle

À coups d’épaules, le chemin se fraye dans le cloître de l’ancien couvent. Mais déjà au loin, les couleurs vives d’une étrange maison de toile – Foncièrement la Petite Maison Unifamiliale – éblouissent au travers des gros manteaux d’hiver. De quoi donner le ton. À l’intérieur, c’est l’effervescence dans le grand espace offert par l’église Saint-Antoine, aujourd’hui désacralisée.

Un parcours librement structuré

Sur les mots du discours d’ouverture, les mouvements disparates des visiteurs rompent avec la disposition régulière des œuvres. La scénographie ne suggère cependant pas un parcours donné dans lequel les créations seraient regroupées selon une logique exclusive. Une façon de ne laisser qu’aux envies impulsives le contrôle des déplacements.

Un contenu dense malgré des informations minces

Des choix, il a fallu en faire pour que tout tienne en une seule pièce. Aujourd’hui dépositaire de l’ensemble du patrimoine du Cirque Divers, la Province de Liège n’a pu exposer qu’une sélection d’éléments les plus représentatifs de l’esprit du lieu. Les créations exposées restent cependant nombreuses et diversifiées. Un bout de bar, une bétonneuse, une grande fresque, des masques, des bières,… À défaut d’informations concrètes, le visiteur doit se contenter des noms sur les cartels et d’un manifeste, timidement mis en avant.

Des potes, des bières et beaucoup d’amour

Mais comment s’y prendre pour expliquer l’inexplicable ?

Car le Cirque Divers, joyeux bordel expérimental, était aussi une belle aventure humaine. Des potes qui refaisaient le monde à la table d’un bistrot, et qui repartaient de là avec de nouveaux projets, enrichis des idées créatrices de chacun.e. Cinq amis d’abord, beaucoup plus ensuite, relevant de disciplines artistiques différentes mais dont l’objectif était commun : celui de voir les choses différemment.

Réagir avec dérision et insolence face à la réalité parfois hypocrite de la société belge. Provoquer les croyances, élargir voire casser les barrières des mouvements artistiques, jouer avec les notions d’Art et d’Artiste en donnant la possibilité à tous de s’exprimer, en laissant à chacun.e libre cours à sa créativité. Être un creuset de nouveaux regards sur le monde. Mobiliser ce bouillonnement créatif pour contester, déranger mais toujours « d’une certaine gaieté ». Finir par inviter tout le monde à boire une des cent bières à la carte, et faire vivre à tous les participants, habitués ou de passage, ce « quelque chose » d’inexplicable qui mettra tout le monde d’accord.

Une exposition tout en paradoxes

La notion même d’ « exposition » apparaît ici comme paradoxale à l’égard du véritable bouillonnement créatif du Cirque Divers. Elle donnait une étrange impression de « sacralisation » de ce qui était présenté, réduisant quelque peu le rayonnement des objectifs poursuivis par le collectif.

Le Jardin du Paradoxe : Regards sur le Cirque Divers a cependant le mérite d’insuffler l’ambiance des lieux aux curieux et de faire remonter des souvenirs aux habitués. Mais aussi de faire le pont entre ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Les divers événements qui auront lieu dans le cadre de l’exposition – conférences, ateliers, concerts, rencontres,… – sont autant de bonnes façons d’inviter les visiteurs à s’insurger avec ironie. On ne manquera pas non plus de mentionner l’asbl D’une Certaine Gaieté, créée à l’initiative de Michel Antaki – un des fondateurs du Cirque Divers –, dont les activités se situent dans la continuité de celles du collectif.

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, n’hésitez pas à pousser les portes de l’exposition. Qui sait, peut-être en ressortirez-vous avec de nouvelles idées plein la tête, et une joyeuse envie de vous insurger avec humour… et un brin de désinvolture. On n’a qu’une vie après tout.


Exposition Le Jardin du Paradoxe – Regards sur le Cirque Divers
Du 17 février au 16 août 2018
Musée de la Vie Wallonne. Cour des mineurs, 4000 Liège

Pour en savoir plus :
Catalogue de l’exposition, sous la direction de Jean-Michel Botquin. Disponible aux éditions Yellow Now.
D’une Certaine Gaieté asbl : https://certaine-gaite.org/  

 

 

 

 

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