GAETAN STREEL : UN JOUR À LA FOIS

Photographies © Scènes Belges
Interview > Eugénie Baharloo

 

 

 

 

 

Quatremille a rencontré Gaëtan Streel! Il nous parle de son univers musical et de son nouvel album. Nous vous livrons l’interview d’Eugénie Baharloo!

 

 

 

 

 

L’INTERVIEW  

 

 

 

 

 

Quatremille : Quelle est ta punchline (credo / maxime) ?

Gaëtan Streel : « Un jour à la fois ».

 

Quatremille : Comment définirais-tu tes projets musicaux (influences/activités/objectifs) ?

Gaëtan Streel : C’est ma vie, tout simplement. Mes projets musicaux et artistiques illustrent en général ce que je pense, ce que je suis et ce que j’ai besoin d’exprimer. Ça peut sembler un peu vague mais c’est vraiment comme ça que je fonctionne. Je me pose rarement des questions de style, d’influences ou de « ce qui marche ». J’ai juste des envies et en résultent des chansons. Le format album ne me convient pas bien, par exemple, parce que je vois chaque chanson comme une histoire unique, avec sa propre esthétique. De temps en temps, il y a des rapprochements entre deux ou trois chansons mais c’est n’est vraiment pas une généralité. Pour ce qui est de mes influences, c’est la même chose : je peux dire que « Words » est probablement influencée par des groupes comme Arcade Fire, que « The Well and The Key » est inspirée d’un titre de Léonard Cohen sur la bande originale de Natural Born Killers et « Go and see the lights » de la bande originale de Dead Man de Jim Jarmush composée par Neil Young, que certains morceaux de mon répertoire électronique « MMM » sont clairement influencés par Yuksek et Digitalism ou encore que les violons sur « D’un néant à l’autre » me font penser à un mélange entre les gros violons synthétiques sur « Everywhere » de Cranes et les violons énigmatiques du film Under the skin etc. En résumé, parler de mes influence peut être l’ouverture d’une chouette conversation autour d’un verre avec quelqu’un qui a le temps mais je n’ai pas de réponse satisfaisante ni vraiment réaliste qui se résumerait en une phrase.

 

Quatremille : Tu as récemment sorti un nouvel album, Deux jours à la fois. Selon toi, quelles sont ses forces? En quoi se différencie-t-il du précédent One day at a time ?

Gaëtan Streel: Le titre de mon album One day at a time illustrait ma volonté, le temps d’un album, de construire un répertoire plus homogène qu’à mon habitude et également l’envie de revenir aux bases simples du songwriting : un instrument, une voix, et le reste n’est qu’une histoire d’arrangements secondaires.

« Two days at a time », c’est une façon d’annoncer que je reviens à un éclectisme qui me ressemble plus. C’est aussi une façon de me moquer un peu de moi-même, une façon de dire « faire une chose à la fois, ça peut être un noble objectif, mais ça ne peut pas durer très longtemps pour moi ». Sur cet album, on retrouve de l’anglais et du français à part égale, des textes sombres, déclamés sur un gros beat et une basse synthétique et, bien sûr, des chansons pop sucrées aux textes parfois atrocement cyniques comme « Chacun pour soi » ou « 138g de chanson ».

 

Quatremille : Dans cet album, tu chantes en anglais et en français. Pourquoi écrire dans ces deux langues. Quel est ton rapport à chacune d’elle?

Gaëtan Streel : Depuis que j’ai 10 ou 11 ans, je sais ce que je veux faire dans la vie : écrire.

Un peu plus de 25 ans plus tard, je ne suis toujours pas écrivain mais ça reste ma première passion et je considère une grande partie de ce que je fais comme étant une forme d’écriture.

Toutefois, quand j’écris en anglais, je suis conscient qu’un très petit nombre de curieux écouteront ou liront mes paroles. Écrire en français m’apporte cette satisfaction supplémentaire de savoir que le texte n’est pas qu’un bonus pour quelques curieux mais devient l’essentiel de ce que je transmets par mes chansons.

Ceci étant dit, j’écris en français et en anglais depuis toujours et si mes chansons en français n’avaient pas encore trouvé leur place sur un album, ce n’est que pour des raisons de présentation. On en revient encore à ma difficulté de rassembler mes chansons en un ensemble cohérent. Quand j’y pense, je pense que si je me permets plus de choses d’un album à l’autre, ce n’est pas tant parce que les habitudes du public évoluent mais parce que ça me tracasse de moins en moins.

 

Quatremille : Quel paradoxe pourrait résumer ton univers musical ?

Gaëtan Streel : Le paradoxe de la pierre – paradoxe de la dichotomie de Zénon – : si on lance une pierre vers un arbre, la pierre devra d’abord parcourir la moitié du chemin en un temps non nul et puis la moitié du chemin qui reste en un temps non nul et puis la moitié de ce qui reste et ainsi de suite. Zénon en concluait que, en théorie, elle ne devrait jamais arriver jusqu’à l’arbre car ça lui prendrait un temps égal à une somme infinie d’intervalles non nuls ce qui, croit-il, est infini.

En musique, j’aime des choses radicalement différentes et, parfois, c’est vrai que sur papier on a tendance à croire que mon répertoire part dans trop de directions différentes et que l’auditeur ne pourrait avoir d’autre choix que de se sentir perdu ou, en tout cas, ne pourrait jamais tout apprécier.

C’est quelque chose que j’ai tellement entendu que je l’ai cru moi-même pendant très longtemps mais je pense que ce n’est qu’un a priori abstrait, une impossibilité purement conceptuelle et que dans la réalité…ça marche.

Tout le monde n’aime pas ma musique et c’est bien normal mais ceux qui l’aiment l’apprécient généralement dans sa globalité et considèrent que son éclectisme est précisément ce qui fait sa richesse.

Le paradoxe de la pierre n’en est un que si on se cantonne à spéculer de manière abstraite (et que par malchance on est né 2000 ans avant le calcul infinitésimal) alors qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que la pierre atteint bel et bien l’arbre.

C’est la même chose pour ma musique : depuis toujours, les pros me disent qu’elle est trop hétérogène sans voir que, dans les faits, il y a des gens à qui ça plaît.

 

Quatremille : Outre la musique, tu es passionné de photographie. Ces deux formes d’expression se nourrissent-elles l’une l’autre ?

Gaëtan Streel : Oui et non. Je trouve toujours des liens entre mes passions mais c’est peut-être moi, le lien, et pas tant les disciplines.

Ceci étant dit, la musique me faisant rencontrer beaucoup de musiciens et d’artistes dans toutes sortes de discipline, ça reste un environnement propice aux impulsions et réflexions esthétiques de toutes sortes. Et puis, la majorité de mes photos sont des photos de tournée, des photos de musiciens qui m’entourent, des photos pour des clips que j’ai réalisés. Et les clips eux-mêmes sont de chouettes projets visuels.

 

Quatremille : Qu’est-ce que Liège a amené dans ton parcours artistique (tremplins / freins) ?

Gaëtan Streel : Qu’on le veuille ou non, pour évoluer en tant qu’artiste, on a besoin d’un mouvement qui nous tire vers le haut. On a besoin d’aller voir des groupes qui déchirent dans des cafés quand on a 15 ans , quitte à être démoralisé un moment et puis rentrer chez soi et bosser de nouvelles choses, utiliser cette claque pour évoluer.

À Liège, on s’en sort encore pas trop mal. La Belgique francophone, c’était quand même un peu la zone dans les années ’90 (quand j’étais ado), en ce qui concerne la richesse de la culture des musiques non-classiques et ce sont plutôt les groupes flamands qui nous ont mis la pression. Anvers d’abord, puis Gand, puis plein d’autres nids à talents. Mais, a posteriori, maintenant que je ne vis plus le spleen de l’ado qui se demande pourquoi il n’est pas né à New-York, Glasgow ou même Seattle, je dois reconnaître que pour des belges francophones, on avait quand même beaucoup de chance de grandir à Liège ou à Bruxelles et de profiter d’une certaine émulsion quand même. Aujourd’hui, c’est autre chose. La scène musicale liégeoise peut être fière d’elle.  Mais malgré ça, on manque toujours cruellement de salles de concerts!

 

Quatremille : Si tu devais décrire Liège en une chanson, quelle serait-elle ?

Gaëtan Streel : J’ai une chanson qui s’appelle « love & hate », qui traite de l’idée générale selon laquelle l’amour et la haine ne sont jamais très éloigné l’un de l’autre en ce qui concerne les choses et les personnes qui nous sont chères ou qui nous passionnent. Liège, je l’aime et je la déteste dans la même journée. Comme chantait LCD Soundsystem : « New York, I love you but you’re bringing me down »C’est la même chose chal.

 

Quatremille : Quelles sont tes actualités à venir ?

Gaëtan Streel : Je continue à défendre mon deuxième album en concert mais à une fréquence moins élevée que l’année passée. Il faut dire qu’on avait commencé par donner 30 concerts en 30 jours pour fêter la sortie de l’album.

Je prends un peu de temps pour faire d’autres choses. L’année dernière, j’avais réalisé la production artistique de deux albums : un pour Lylou et un pour Fox & Forest. Cette année, je viens d’achever un album pour le groupe Mandaye et je me prépare à faire la même chose pour une jeune chanteuse guitariste liégeoise : Bini.

Je travaille la photographie plus que jamais et j’écris. La photo sous toute ses formes mais surtout la photographie argentique, dont je suis tombé amoureux et à laquelle je me consacre de plus en plus, depuis deux ou trois ans. Je travaille sur un projet d’exposition qui mêlerait photo et écriture, une sorte d’essai dont chaque réflexion partirait d’une photo.

Je reviens tout juste d’une semaine à Barcelone où je suis parti seul pour me perdre et écrire. J’ai passé un très bon moment, je me suis laissé prendre par la ville et je m’y suis perdu comme jamais, mais la ville m’a tellement bien pris que je n’ai rien écrit.

 

 

 

 

 

Un peu de musique pour se mettre dans l’ambiance!

 

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