FIFCL #4, QUAND LIÈGE DÉROULE LE TAPIS ROUGE

Rédaction : Laurent Keysers, Olivier Sogan, Julie Willé // Photos : Guillaume Scheunders

La semaine passée, Liège s’est réveillée en ville de comédie. Un énième festival local ? Pas du tout. Comme son nom l’indique, le Festival International du Film de Comédie de Liège — ou FIFCL — a vocation à faire briller à l’international sa programmation de films comiques, absurdes, loufoques. On y retrouve tantôt un film belge, un film français, du burlesque palestinien ou encore des comédies italiennes et transatlantiques. 

FIFCL #4 © Guillaume Scheunders
FIFCL #4 © Guillaume Scheunders

Impossible de passer à coté de l’engouement autour de cette 4ème édition du FIFCL. Chapiteau extravagant et tapis rouge, une transformation de la rue pont d’Avroy en micro-Hollywood boulevard, stars de comédie françaises à tout coin de rue. Tout y est. « Cher public, vous êtes maintenant invités à rejoindre vers le Forum pour la cérémonie d’ouverture. » La voix du présentateur résonne dans tout le centre-ville. Sur le trajet , un foule importante se massait déjà pour voir Elie Semoun inaugurer sa plaque.

Pour cette 4ème édition, des acteurs et humoristes tels que Mylène Demongeot, Raphaël Merzhai, Xin Wang, Bruno Solo, Antoine Dulery et plein d’autres sont venus juger et critiquer plus de 19 courts et 7 longs métrages. Le plus de ce festival ? La proximité des stars avec leur public. Car ce festival international, assurément, ne laisse pas de côté le public local. Des conférences-rencontres avaient notamment lieu : Raphaël Mezrahi, Clovis Cornillac ou encore Bruno Solo. Et l’édition s’est clôturée par une cérémonie avec des invités de renoms tels que Thierry Lhermitte ou encore Gérard Jugnot.


LES COUPS DE COEUR DE NOTRE ÉQUIPE

« Il Campione » de Leonardo D’Agostini (Julie Willé)

Moi qui pensais ne jamais succomber au charme d’un homme arborant la célèbre coupe de cheveux dite « en sac poubelle », je ne peux nier l’agréable sensation due au pic de dopamine généré à chaque apparition à l’écran du bel Andrea Carpenzano lors de la projection de « Il campione ».

Dans ce film réalisé par Leonardo D’Agostini, le jeune comédien italien incarne Christian Ferro, étoile montante du football aussi connu pour son talent que pour ses frasques régulières. Pour lui donner la réplique, on retrouve Stefano Accorsi en Valerio Fioretti, professeur bougon en veste de velours, peu intéressé par les stars du ballon rond et encore moins par le business qui les entoure. Les deux personnages que tout oppose se répondent alors avec une justesse de jeu remarquable !

Plus qu’une histoire d’amitié, « Il Campione » est le récit de l’évolution d’un jeune déconnecté de la réalité, développant un esprit critique grâce à la rencontre d’un homme qui ne le considère ni comme dieu, ni comme une vache à lait. 

Loin d’être une comédie à se taper les cuisses de rire, le film compte tout de même de nombreux moments drôles et surtout, réalistes. J’aime lorsque les réactions des personnages auraient tout à fait pu être les miennes. La pudeur des scènes d’émotion, simples et brèves, est également appréciable. Je remercie le parti pris de ne les avoir accompagnées d’aucuns violons suggestifs ou pianos larmoyants. La bande originale, bien qu’un peu usée, reprend tout de même certains morceaux que l’on aime ré-entendre.

Et s’il ne deviendra pas un énorme succès du cinéma de comédie aux répliques connues de tous,  « Il Campione » reste un film très agréable durant lequel vous ne vous ennuierez pas.

« Jeune Juliette » d’Anne Émond (Olivier Sogan)

Jeune Juliette, film à caractère autobiographique de la canadienne Anne Emond, est une délicieuse comédie, pleine d’amour et de bon sens. Elle conte la vie d’une ado, Juliette, en total décalage avec les autres. Juliette a peu d’amis et des goûts musicaux différents de ses camarades de collège. Elle vit dans son propre monde, peuplé de personnages excentriques et attachants, comme le petit Arnaud. Hanté aussi de fantasmes, de déceptions amoureuses et d’abandon. 

Un long-métrage sur le regard, en l’occurrence celui d’une adolescente rêveuse, qui découvre son surpoids par le jugement et les mots pinçants des autres. C’est aussi un film sur la vie lorsqu’on est issue d’une famille monoparentale : même avec un père ou une mère formidable, qui s’occupe et pourvoit, le parent manquant est idéalisé, bien qu’il soit parti sans se retourner.

Une histoire en apparence singulière, parce qu’il s’agit d’un coming of age (ndlr : film dans lequel on suit l’évolution dans le temps d’un personnage) et qu’on accompagne une ado, selon son point de vue d’ado. L’histoire a cependant un coté cathartique : nous sommes tous – ou avons été – des ados rêveurs, qui pensions être différents des autres. Comme Juliette. Particulière aussi car le grain de l’image renvoie aux années 80, alors que la technologie présente (téléphone, ordinateur, internet…) précise que le récit se déroule à notre époque. Ce mélange de rétro et de contemporain donne un cachet intemporel aux sentiments transmis par l’œuvre.

« Music Hole » de Gaëtan Liekens et David Mutzenmacher (Laurent Keysers)

Comédie belgo-française réalisée par Gaëtan Liekens, Music Hole sort en salle en janvier 2020, après plus de trois ans de travail. Ce film représente la belgitude à l’état pur. Vous savez, cette chose que l’on ne sait pas décrire précisément mais qui décrit notre identité belge.  On la retrouve dans ce film avec un casting et un jeu d’acteur qui sort de l’ordinaire. Un scénario loufoque mais assumé qui reflète cette non-prise de tête et cet humour que nous, Belges, revendiquons. Même les acteurs français de ce film comme Vanessa Guide et bien d’autres jouent le jeu. Un humour que l’on avait plus observé au cinéma depuis le film Dikkenek. Rien que les noms des personnages annoncent la couleur : Francis, Martine, Rudy, des noms bien belges. Il est rare, de notre temps, de se poser devant un écran et de rire durant tout le film. Nous avons souvent droit à de nombreuses suites de gros studios français. Il est toujours bon d’utiliser notre patrimoine local et de rire un bon coup. C’est sans aucun doute la qualité forte de ce long métrage. 

Un film à découvrir en janvier prochain pour passer un bon moment entre amis et une bonne tranche de rire. Si vous aimez l’humour et le cinéma belge, vous ne serez pas déçu. 

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