FESTIVAL ÉMULATION 2019 : SI C’ETAIT UN SPECTACLE

Focus sur le conflit en Bosnie-Herzégovine à travers la pièce de Birsen Gülsu, Si c’était un spectacle

Chronique : Coline Rouche // Photos : Marjorie Goffart et Marie Valentine Gillard

Il y a peu, Quatremille a eu l’opportunité d’assister à la nouvelle création de la metteuse en scène liégeoise Birsen Gülsu, Si c’était un spectacle dans le cadre du Festival Émulation à Liège (19-24/3). Explorant l’absurdité du conflit qui a précipité le démantèlement de l’ancienne Yougoslavie, cette pièce énergique questionne les limites de la représentation théâtrale.

Le Festival en quelques mots

Organisé tous les deux ans par le Théâtre de Liège, le Festival Émulation – qui en est déjà à sa huitième édition – a pour objectif de révéler les jeunes artistes et compagnies émergentes au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Durant une semaine riche en émotions et en festivités, sept spectacles ont lieu dans diverses salles de la Cité ardente afin de mettre en lumière les dernières créations de la jeunesse théâtrale montante. À l’issue de ces représentations, différentes récompenses seront octroyées, dont le Prix Émulation et le Coup de cœur.

Portrait d’un conflit complexe encore trop méconnu…

C’est à l’occasion de ce Festival que Quatremille a pu découvrir la pièce Si c’était un spectacle. À partir d’un solo carte blanche de l’ESACT, Birsen Gülsu – issue de l’immigration ex-yougoslave – nous propose une création théâtrale stupéfiante et énergique sur base du texte éponyme d’Almir Imsirevic.

Au fil d’un procès sans fondements, de multiples personnages enchainent les témoignages personnels et nous plongent dans les abysses du conflit qui a secoué la Bosnie-Herzégovine il y a plus de 25 ans. Cette guerre civile initiée en avril 1992 avec la proclamation d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine a fait des milliers de victimes ettout autant de réfugiés disséminés – entre autres – aux quatre coins de l’Europe. Il a fallu attendre le mois de décembre 1995 et les accords de Dayton pour mettre un terme à ce conflit sanglant qui a participé à la dislocation de la Yougoslavie et changé à jamais la face de l’Europe du Sud-Est.

© Marie Valentine Gillard

Au sein d’un décor riche en perspectives et en espaces scéniques (graffitis, échafaudages, amas de télévisions, projections de témoignages vidéos d’époque,…) et d’une atmosphère rythmée par les musiques traditionnelles balkaniques, les références à l’absurde s’immiscent au fil de la pièce – clin d’œil à Lautréamont et à sa fameuse « […] rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. » – dans le but d’établir un parallèle avec l’absurdité de la guerre, tout en prenant conscience des conséquences et des enjeux de cette dernière.

De son côté, le public est interpellé par les acteurs tout au long de la représentation afin de lui faire prendre conscience de la violence des actes perpétrés. De cette façon, les spectateurs sont amenés à confronter leur propre réalité avec la situation en Bosnie-Herzégovine représentée sur scène.

© Marjorie Goffart

Au-delà de cette interaction avec le public, le dynamisme de la pièce repose également sur l’humour cru et acerbe des comédiens. Ces derniers rivalisent d’énergie et incarnent avec maîtrise, audace et conviction les différents personnages en passant de l’un à l’autre avec une fluidité surprenante, signe d’une forte capacité de polyvalence de la part des acteurs. Les personnages qui se succèdent sur la scène semblent tous liés par un même fil rouge : une volonté paradoxale de mutisme et de fureur – un peu trop exacerbée ? – afin de faire triompher la (sur)vie.

En sortant du spectacle, certains auraient pu souhaiter obtenir davantage d’informations historiques au cours de la pièce afin de rendre plus intelligible le contexte socio-politique dans lequel évoluent les personnages. Toutefois, l’objectif de la pièce n’est précisément pas de nous livrer un cours d’histoire pur et dur. Au contraire, la metteuse en scène opte pour un bon équilibre entre l’explication des moments historiques clés et les scènes de témoignages du peuple au quotidien. La création de Birsen Gülsu permet au spectateur de saisir les éléments phares du conflit et l’incite à creuser par lui-même la thématique de l’ex-Yougoslavie d’hier et d’aujourd’hui en titillant sa curiosité.

Au terme de cette heure de représentation, les questionnements principaux auxquels la pièce nous confronte sont les suivants : comment traiter d’un thème aussi complexe que la guerre, dans ce cas-ci le conflit en Bosnie-Herzégovine, au théâtre ? Comment aborder ce sujet dont les traumatismes sont encore fortement présents dans les esprits et pour lequel l’impunité est restée trop longtemps de mise ? Comment en tant que comédien/ne n’ayant pas vécu personnellement les faits est-il possible d’incarner la souffrance du peuple ex-yougoslave tout en rendant le contexte socio-politique le plus compréhensible possible pour le spectateur ?

© Marjorie Goffart

En somme, la metteuse en scène et son équipe réussissent avec brio à interroger les limites du théâtre et la difficulté à établir une dramaturgie de la guerre sur la scène théâtrale actuelle.

Quoiqu’il en soit, on espère revoir bien vite ce spectacle prometteur sur les planches de la scène belge, et pourquoi pas internationale ?

Pour découvrir le programme du Festival Émulation.

Ce spectacle est encore visible jusqu’au dimanche 24/3 à La Halte.

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

© Marjorie Goffart

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© Marie Valentine Gillard

© Marie Valentine Gillard

© Marie Valentine Gillard

© Marie Valentine Gillard

© Marie Valentine Gillard

© Marie Valentine Gillard

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