HAUT LES MASQUES !

Rédaction : Romane Brehier // Photographies : Cité Miroir, Jonathan Berger

Plus de 80 masques renommés de la collection du musée parisien du Quai Branly s’exportent dans la Cité Ardente jusqu’au 20 juillet. C’est un trésor de savoir-faire et de mysticisme qui s’installe au cœur de la cité miroir, dans un bloc blanc qui ne dénote pas avec les parois de l’ancienne piscine.

Cité Miroir / Jonathan Berger

Dès l’entrée, nous sommes plongés dans le noir d’une antichambre. Quatre espaces circulaires se succèdent dans la même torpeur cérémoniale, respectivement consacrés à l’Asie, l’Amérique, l’Océanie puis l’Afrique. À chaque continent sa couleur et son ambiance. Des sons de natures englobent toute l’exposition et des projections au sol délimitent les espaces. Nous y pénétrons avec précaution, la scénographie est une invitation à l’exploration.

Nous découvrons d’abord les masques de l’art dramatique asiatique, et en particulier les masques de théâtre japonais de tradition nô, expressifs et colorés. Les figures font preuve d’un réalisme teinté de symbolisme, un prince aux traits fins et à la peau diaphane côtoie un démon au rictus effrayant. En face, les masques chamaniques himalayens aux formes brutes de bois sombre ont un aspect plus primaire et solennel.

Viennent ensuite les Amériques et leurs masques voués au monde du rêve. De la côte nord-ouest du Pacifique au Grand Nord, les figures sculptées ou modelées établissent un pont apaisant entre les forces occultes du shaman et le monde des vivants lors de cérémonies comme le mitaartut (tradition carnavalesque basée au Groenland au moment de l’Epiphanie). Des matières inédites surprennent, comme ce masque iroquois en cônes de maïs, présage de bonnes récoltes, ou encore cet autre de la tribu amérindienne Onondaga en peau de phoque, destiné à protéger les enfants malades. Dans les Amériques centrales et latines, des masques bariolés rythment mascarades et carnavals.

Cité Miroir / Jonathan Berger

La lumière tamisée bleue nous invite dans le troisième et avant-dernier espace, celui de l’Océanie. Ici, le masque est souvent un support éphémère d’usage unique, particulièrement en Mélanésie où il établit une corrélation entre la communauté et les forces de la nature. On peut observer dans cette partie de l’exposition un imposant masque de faitage de la tribu Sepik, ou encore une superbe collection de masques à ignames papouasiens, fabriqués en vannerie et agrémentés de pigments naturels rouges, ocres, noirs et blancs. Ces objets magiques sont traditionnellement placés sur l’igname (plante nourricière) lors de la récolte afin d’incarner le visage d’un ancêtre.

Enfin, l’Afrique s’offre au visiteur dans toute sa splendeur, avec ses masques avant tout médiateurs entre l’univers hostile de la forêt et l’espace humanisé du village. Ils sont presque tous taillés dans du bois précieux et sombre, et présentent des silhouettes anthropomorphes, zoomorphes ou encore hybrides. L’attention est portée sur un masque de taille moyenne de la tribu Igbo au Nigeria. Entièrement fait de bois, ses formes géométriques tranchées et ses couleurs vives semblent avoir inspiré un Mondrian ou un Picasso.

Nous ressortons de ce voyage mystique, certes un peu trop court, en ayant la sensation d’avoir voyager. La très belle sélection de pièces assortie d’une scénographie de qualité promettent à petits et grands une immersion des plus agréables dans le monde spirituel des sociétés ancestrales. 


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