EXPOSITION « LIFE » AU GRAND CURTIUS : POUR NOS TERRES

Rédaction : Naomi Bussaglia / Photographie : Naomi Bussaglia / Photos exposée : photos en noir et blanc de Corentin Laurent, photos en couleurs du collectif pour Life in Syria

Exposition visible au Grand Curtius – Palais Curtius – 3ème étage jusqu’au 21 avril 2019

Le Grand Curtius accueille pour le moment une double exposition au thème actuel plutôt dramatique : les territoires disputés. La première partie de l’expo photo Life menée par Corentin Laurent se base principalement sur les pays dans lesquels le photographe a séjourné. La seconde partie, elle, exprimée par un ensemble de photographes, se base sur les conflits récurrents en Syrie.

Arrivés au troisième étage du Grand Curtius, déjà les bruits et les sons de Liège nous quittent. Directement plongés face à une photographie prise dans le centre de Jérusalem Ouest, vue sur la ville, nous remarquons les paroles écrites de Jacques Brel, un extrait de ses « Vœux ». On entend une bande son en continu, on n’en connait pas la source ni même la langue, mais déjà on remarque les larmes enfouies entre quelques mots. Bienvenue en territoires disputés.

Armé d’un carnet proposé à l’entrée de l’exposition, on découvre l’histoire des photographiés. Corentin Laurent, photographe mis à l’honneur, prend lui-même cette occasion pour présenter d’autres hommes : ceux que l’on ne croise pas. Par exemple, ce père de famille accompagné de son fils et de son petit-fils. Il se prête au jeu du photographe, posant tout sourire jusqu’à lui demander de partager le cliché avec le restant du monde, accompagné du commentaire « nous ne sommes pas tous des terroristes ».

L’exposition de Corentin Laurent dépeint plusieurs pays et villes ciblés par des conflits religieux, politiques et/ou territoriaux. Vie en territoires disputés nous accueille à l’aide de seulement quelques photos et l’intérêt pour les pays présentés grandit. Non seulement pour les terres mais aussi pour ceux qui les foulent. Les visages souriants des enfants, ceux contents des hommes de famille, les expressions que nous prenons pour acquises de notre côté du cadre. L’objectif de l’expo : raconter les histoires des photographiés, à travers leurs sourires, à travers leurs larmes, mais surtout à travers leurs habitudes. Pour une fois, c’est à eux que revient la possibilité de s’exprimer. On laisse de côté les médias parfois envahisseurs, ceux qui ne racontent pas leur version des faits. Parmi les clichés suspendus aux murs de pierre blanche, plusieurs objets font office de passeurs d’histoire. C’est fou ce que l’on peut apprendre sur un pays simplement en observant sa monnaie : les histoires du Kosovo, d’Ethiopie, d’Arménie, et de Jérusalem se développent au fil des personnes représentées sur la face des pièces alors que d’autres arborent plutôt des animaux symboliques. Leurs drapeaux se présentent comme fiers de leurs couleurs, déclarant la raison derrière ce rouge sang. D’autres paraissent jeunes, essayant d’être enfin acceptés au sein de l’UE. L’exposition nous emmène là où nos soupçons sur ces pays nous abandonnent. Plus loin. Plus loin que le mur des lamentations. Plus loin que le point d’impact de la dernière bombe.  On comprend enfin pourquoi on est là, pourquoi on regarde dans les yeux une jeune fille aux portes de la ville. Certainement pas pour nous mettre à sa place, on n’oserait pas. Mais juste pour accepter qu’elle nous emmène découvrir son pays, avec la même manière de le regarder qu’elle.

Au bout de cette première partie, les photos noires et blanches – le bien et le mal – nous paraissent comme ancrées en nous. On a tout de même un sourire sur le visage malgré la douleur dans nos yeux. Sans envie de quitter ces photos-là, déjà le son des mitraillettes se fait de plus en plus fort. Un son grondant qui paraissait muet alors que l’on flânait dans les rues d’Ethiopie. On franchit toutes les frontières lorsque les photos devant nous prennent vie, elles sont colorées contrairement aux précédentes. On a démarré la seconde partie de l’expo : Life in Syria.

Ça hurle, ça panique, comme si quelque chose dans l’atmosphère venait de changer. Ici, des enfants parmi les décombres. Des femmes qui disent adieu à leur frère et à leurs fils. On se rend à la rencontre des cinq photographes syriens – alliés avec un ensemble de journalistes blogueurs – qui ont décidé de braver la guerre en Syrie corps et objectifs en mains. Le message audio qui se répète provient d’un autre artiste. Sur le montage vidéo Not Anymore de Matthew Van Dyke, une jeune femme anciennement professeur d’anglais explique pourquoi elle a tout abandonné pour photographier son pays. Nour Kelze, récompensée du prix « Courage Journalism Award » en 2013 de la Fondation Internationale des femmes médias reste fière en proclamant que son pays sera repris. En foulant les affiches de campagne du président au sol, celui qu’ils prénomment tous « monstre », elle dévoile son histoire et celle des centaines de jeunes qui meurent chaque semaine sous ce régime. C’en est trop, on s’éloigne un peu et on cherche de l’espoir dans les photos encadrées. Peu de sourires, parfois peu d’humains. Suivant les photographies, des textes témoignent de la situation en Syrie. Prises entre 2011 et 2016, les oeuvres nous donnent de l’espoir : peut-être qu’une évolution s’effectue au pays. Peut-être que d’autres jeunes ont pris l’opportunité de défendre leurs terres, peut-être même ont-ils décidé de rendre les armes et de se munir d’un crayon à la place. D’un stylo, d’une caméra, d’un smartphone, quoi qu’il en soit, espérons que l’art les sauvera.

« Vivre en territoires disputés, c’est admirer les personnes qui vivent ce conflit depuis toujours et qui arrivent à rester souriants et dignes face à la situation. » – Corentin Laurent

© Naomi Bussaglia

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