ENKI BILAL : HÉROS DE LA RÉVOLUTION DE LA BANDE DESSINÉE

Photographies © La Rache Studio
Chronique > Nastasja Caneve

 

 

 

 

 

Le 4 mai, Quatremille s’est rendu à la conférence d’Enki Bilal, héros de la révolution liégeoise du 9ème art, organisée à la Boverie! Nous vous livrons le compte-rendu de Nastasja Caneve!

 

 

 

 

 

LA CHRONIQUE DE NASTASJA CANEVE

 

 

 

 

 

Je venais tout juste d’avoir quinze ans quand j’ai rencontré Enki Bilal pour la première fois. C’était en 2001, au cœur de la Cité ardente, sous la terre de l’îlot Saint-Michel lors de l’expo Enkibilalandeuxmilleun. Un peu gênée et émue, je lui avais soutiré maladroitement quelques traits de crayon. C’est que j’avais grandi au milieu de ce monde froid envahi par des femmes bleutées qui m’intriguaient et que je trouvais foutrement belles, au milieu de ces décors futuristes bercés d’onirisme, de ces animaux aux allures monstrueuses.

Un peu plus de quinze ans plus tard, cet illustrateur, scénariste et réalisateur français, né à Belgrade en 1951, revient à Liège pour donner une conférence dans le cadre de l’exposition « Révolution bande dessinée » qui se tient à La Boverie jusqu’au 11 juin 2017. Et pas que. En effet, une fresque géante rendant hommage au travail du dessinateur a été réalisée rue Basse-Wez par l’asbl Spray Can Arts, en collaboration avec La Boverie et Paliss’Art.

Enki Bilal était donc chaleureusement attendu. L’homme est très (très) classe. Après quelques boutades au sujet du débat politique qui s’est tenu la veille dans sa terre d’accueil où il arrive à l’âge de dix ans, l’auteur raconte ses liens intimes avec la revue Pilote, sa première maison, dans laquelle il publie sa première histoire, Le Bol maudit. Sa rencontre – décisive – avec le scénariste Pierre Christin lui permettra de collaborer avec lui sur de nombreux albums. Après l’explosion de la revue Pilote, Bilal poursuit sa route dans la revue Métal hurlantil passe du noir au blanc, des hachures à l’encre de Chine, à la couleur et où paraît, en 1979, sa bande dessinée Exterminateur 17, scénarisée par Jean-Pierre Dionnet. Auteur de la trilogie Nikopol, de la tétralogie Le Sommeil du Monstre, il réalise aussi plusieurs films, dont Bunker Palace Hôtel en 1989 et Thyko Moon en 1996, ainsi que des clips musicaux, notamment pour Brigitte Fontaine.

L’auteur s’est exprimé autour de la production de la bande dessinée contemporaine qui a considérablement changé. Regrettant l’âge d’or du format papier, Enki Bilal se désole. Selon lui, la bande dessinée est devenue pauvre : on n’a plus le temps de passer du temps. Difficile d’encourager les petits jeunes qui se lancent dans un monde où l’art s’est démocratisé, où chacun peut devenir artiste, où tout est marchandé, formaté, calculé.

Comme il le souligne à maintes reprises, il n’est pas auteur de science-fiction. Il parle du réel, il puise sa matière première dans l’actualité pour faire de la prospective. Plusieurs projets ronronnent : deux nouveaux tomes et un film qu’on attend avec impatience.

D’ici-là, relisez les albums précédents et, malgré ce monde qui va à vau-l’eau, n’oubliez pas de vous attacher à la part d’humanité qui subsiste. On a besoin de sensualité, on a besoin de s’aimer.

 

 

 

 

 

Quelques photos pour se remettre dans l’ambiance!

 

 

 

 

 

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