ELIKYA NA NGAI @ CITE MIROIR

{ Chronique de l’événement }
Photographies © Marjorie Goffart
Rédaction  > Laurenne Makubikua & Céleste Kabanyana

 

 

Quatremille a assisté au spectacle Elikya na ngai à la Cité Miroir, écrit et mis en scène par la chorégraphe Jenny Ambukiyenvi Onya. On vous livre notre compte-rendu sur cette production théâtrale poignante, mêlant histoires vraies, krump, hip-hop et danses africaines!

 

LA CHRONIQUE DE LAURENNE MAKUBIKUA :

 

 

« Elikya na ngai, ou « mon espoir » en lingala, est un cri d’espoir lancé pour les femmes violées de la République Démocratique du Congo. Qui a dit qu’on ne pouvait rien dénoncer par la danse, le chant et le théâtre ? Eh bien, la pièce de théâtre hybride Elikya na ngai a su faire taire les plus réfractaires.

Mais avant d’aller plus loin, l’histoire. Rachel, 15 ans, est une adolescente congolaise ordinaire. Son destin va basculer lorsque la région dans laquelle elle vit – la province du Nord-Kivu – va connaître une spirale de violence. Cette province a été tristement renommée « la capitale mondiale du viol ». L’histoire de Rachel, c’est donc aussi celle d’autres femmes, dont le nombre augmente dramatiquement chaque jour. Si le viol des femmes en RDC est la thématique principale de la pièce, Elikya na ngai relate aussi d’autres problématiques sous-jacentes.

En plus du sort de ces femmes oubliées, on nous rappelle que les militaires – auteurs de viols, de violence et de meurtres – sont d’anciens enfants-soldats ou d’anciens « shegués » (« enfant des rues » en lingala). Ceux-ci ont parfois perdu l’entièreté de leurs familles sous les armes des milices qui les ont enrôlées et ont parfois été eux-mêmes victimes de viol. Le rôle de l’occident est également mis en avant dans la pièce. Le Congo est une terre riche et les industries, aveuglées par ses richesses, créent ces guerres. Celles-ci rachètent des minerais aux détenteurs des mines. Les mines rapportent donc de l’argent. Et les milices envahissent des villes pour prendre le contrôle des mines dans le but de s’enrichir. Enfin, Elikya na ngai nous interpelle, nous, spectateur, sur le rôle que nous avons à jouer en tant qu’individus. Elle nous rappelle notre capacité d’action individuelle et collective.

Vous l’aurez compris, cette pièce : c’est une histoire entière et complète qui plonge le spectateur entre l’envie de changer le monde et le sentiment de ne rien pouvoir faire pour changer les choses. C’est l’histoire de sévices subis et trop rarement punis, de sévices que l’on ne veut pas entendre ni voir, mais que l’art nous oblige à écouter et à regarder.

Elikya na ngai est une œuvre d’art à proprement parler. Elle mêle plusieurs compétences artistiques et techniques telles que la danse, le théâtre, le chant, le slam, le son et la lumière. Dès les premières minutes du spectacle, nous voyageons entre accalmie et bourdonnement abyssal. Les extraits d’un documentaire nous rappellent les faits.

On passe du statique au dynamique en une poignée de millisecondes grâce à la danse. Hip-hop, krump, Dancehall et danse africaine font tourbillonner les danseurs. Ces mêmes danseurs défient la gravité par leurs mouvements Hip-hop ou Krump. Grâce à de véritables performances physiques, les corps se désarticulent, se contorsionnent et glissent sur le sol en cadence. La tristesse intérieure des personnages s’exprime sur les visages des danseurs qui respirent la souffrance. La poésie se mêle à la danse, ainsi Krump et slam ne font plus qu’un. Et pour soutenir ces instants gracieux, le jeu de lumière sublime ces corps qui dansent.

Le chant occupe une place tout aussi importante. Bercé par de douces voix et harmonies, le spectateur découvre des chants en lingala et en français. Là encore, la démarche est militante. La musique est tonitruante. Jenny Ambukiyenyi Onya, auteur, metteur en scène et chorégraphe de la pièce, nous en a mis plein les yeux. Face à une œuvre artistique si poignante et époustouflante, nos iris partent dans tous les sens. Et nous avons du mal à nous fixer sur l’un ou l’autre danseur. Ce qui permet, en réalité, de créer une atmosphère chaotique.

Et ce mélange d’ingrédients semble se marier à merveille, puisque le public en a les yeux humides. L’équilibre entre les moments électriques où la tension est palpable et les témoignages profondément humains ont su émouvoir la majorité du public. La transition entre les corps recroquevillés et ces mêmes corps en pleine expression artistique a eu un effet renversant. Plus qu’une énorme claque visuelle et artistique, le sentiment de tristesse nous colle à l’âme même après avoir quitté la salle.

Mais après la tristesse vient la réflexion. Si le nombre de femmes, d’hommes violés, et de familles brisées ne fait que de s’accroître, de nombreuses personnes tentent d’œuvrer pour un meilleur lendemain. Jenny Ambukiyenyi Onya en fait partie. D’autres acteurs sont importants et œuvrent quotidiennement pour ces victimes de violences sexuelles. C’est le cas du gynécologue Denis Mukwege, « l’homme qui répare les femmes ».

Et, vous aussi, en allant voir cette pièce de théâtre, en vous renseignant, vous pouvez entendre ce cri d’espoir. N’oublions pas que chaque écrit, chaque parole, chaque geste compte. »

 

 

LA CHRONIQUE DE CELESTE KABANYANA :

 

 

« Il y a peu, a eu lieu la pièce « Elika Na Ngai, le viol des femmes en RDC » à La Cité Miroir. Le spectacle s’articule autour de l’histoire de Rachel , jeune fille de 15ans, qui verra sa vie basculer en un clin d’oeil suite à l’arrivée de militaires dans son pays. C’est un sujet lourd qui me touche particulièrement et soulève quelques interrogations. Comment vont-ils aborder le problème ? Vont-ils montrer la vraie virulence des dommages causés ou l’atténuer ? Est-ce que le spectacle va réussir à capter l’audience? Je l’avoue, j’avais d’ors et déjà beaucoup d’appréhension et d’idées préconçues sur le sujet, et donc, une attente particulière concernant ce spectacle.

Arrivée sur place, les gens étaient présents en masse. Ce qui m’a frappé dès mon entrée, c’est la diversité du public! C’est formidable, certes, mais comment toucher tout le monde ? Une fois le check in fait, une sorte de mini show se joue dans le hall d’entrée, un petit amuse-bouche qui donne directement une idée de ce que l’on s’apprête à voir. Le silence se fait et tout le monde profite, à partir de ce moment-là, je suis déjà conquise et m’impatiente de voir la suite!

Bien installée dans la salle Francisco Ferrer , siège n°2, j’attends que la pièce commence, mon souhait se réalise 10 minutes plus tard, le spectacle peut commencer. Je ne suis pas déçue, la prestation dans son ensemble est formidable. Les jeux d’acteurs sont bons – particulièrement celui de Rachel qui m’a fortement interpellé-, les chorégraphies sont calibrées à la seconde près et regorgent d’énergie. Le public est dedans et donne l’impression de vivre le spectacle. La musique est forte et bien choisie, mettant bien en avant les émotions jouées. La mise en scène est fluide, sans coupure, l’histoire se raconte facilement avec un scénario soulignant chaque petit élément de la pièce.

Cependant, un petit bémol : certains échanges sont parlés en lingala, on perd donc le fil. À noter que ces passages en lingala sont souvent émis lors de dialogues intenses, ce qui nous détache un peu de la pièce et nous laisse sur notre faim d’un passage à l’autre si l’on ne comprend pas la langue.

Fin du spectacle, je suis ravie et les personnes autour semblent elles aussi conquises. Standing ovation! Avant de partir, on félicite Jenny Ambukiyenya Onya – la metteuse en scène et productrice de la pièce – qui a fourni, avec son équipe, un superbe travail! Résultat final ? Cette pièce c’est un peu un porte- parole, une dénonciation des souffrances qu’ont pu subir certaines femmes dans les camps de détention en République Démocratique du Congo. C’est un message qui devrait être reçu par le plus grand nombre de personnes. Les réponses à mes questions ont été apportées : la réalité a été montrée sans tabou, sans atténuer et sans choquer ou offusquer qui que ce soit. Ce fût un agréable spectacle que je conseille à tout le monde d’aller voir!»

 

Pour se replonger dans l’ambiance de la représentation, quelques photos :

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