LES DIFFÉRENTS VISAGES DE L’ORW5 : KAMIL BEN HSAIN LACHIRI, LES DÉBUTS D’UN GRAND MONSIEUR

Interview : Milan Amélie Nyssen

Il est parfois important de donner au lecteur quelques clés de lecture. Il y a quelques semaines, j’ai fait la connaissance de Kamil, un jeune baryton belgo-marocain âgé de 24 ans. Nous étions à Charleroi sur un même projet d’opéra. Et la première fois que je l’ai entendu chanter, je me suis dit que j’étais très chanceuse d’être assise sur une petite chaise dans le grand grenier du Palais des Beaux-Arts. Je suis persuadée que Kamil a tout d’un grand chanteur d’opéra et, qu’avec un peu de chance – et toute la rigueur de travail que je lui connais -, c’est bientôt sur les grandes scènes mondiales que vous le retrouverez. Le public liégeois aura la chance de le voir sur scène dans la prochaine saison de l’ORW. Sous la baguette d’un autre belge, Patrick Davin, il jouera le rôle de Wagner dans Faust (Gounod)

Je pourrais vous faire croire que nous nous sommes vouvoyés pour cette interview. Mais non, nous étions confortablement installés sur une terrasse de la Place du Marché…

Quatremille : Quelle est ta punchline ?

Kamil Ben Hsain Lachiri : Ma punchline ? Il faut me prévenir avant de me poser des questions pareilles… Je ne crois pas en avoir. Mais si je dois me tourner vers un écrit quand j’ai besoin d’inspiration, je pense que ce serait vers Le Prophète de Khalil Gibran, ou la Lettre à mon fils de Rudyard Kipling. Ce sont des textes universels. Peu importe la situation, je pourrai y trouver soit du réconfort, soit de l’inspiration. Surtout dans le Prophète dont les textes sur l’amour sont facilement transposables à la musique.

Q. : Tu seras bientôt dans Faust à l’ORW. Quelle impression de savoir que tu vas  être dirigé par un grand chef comme Patrick Davin ?

K. : Il faut être franc, c’est un petit stress. Je n’ai pas encore de carrière derrière moi, j’ai clairement tout à prouver, surtout face à un tel chef. Si je me plante aujourd’hui, l’enjeu est beaucoup plus grand que pour quelqu’un qui a déjà fait ses preuves. C’est aussi très exaltant : c’est le bon moment pour faire mes débuts et prouver que je peux exercer ce métier. Et puis, j’ai beaucoup de chance parce que je suis entouré de collègues vraiment talentueux. J’avoue que je suis un très grand admirateur du travail d’Ildebrando d’Arcangelo. Pourvoir partager la scène avec lui, c’est intimidant !  D’ailleurs, je n’en croyais pas mes yeux quand j’ai vu les noms des chanteurs de la production. Je suis assez fier d’être arrivé là.

Q. :Comment te prépares-tu pour un nouveau rôle ?

K. : Avant tout, je regarde une première fois la partition pour savoir si je peux assumer le rôle dans son entièreté, s’il n’y a pas de problèmes techniques ou de tessiture. Une fois que c’est fait, je commence à étudier seul le rôle, généralement six mois avant le début de la production. Quand j’ai terminé cette étape, je fixe 5 à 6 répétitions avec un coach vocal. Le but, c’est de connaître parfaitement la partition dès le début des répétitions, afin de ne plus en être dépendant. C’est essentiel si on veut mettre directement en exécution ce que le chef d’orchestre va demander et ne pas être distrait pendant les mises en scène.

Q. : Est-ce important de pouvoir faire ses premières armes dans un théâtre comme Liège ?

K. : Oui ! Vraiment ! Liège fut un tremplin pour beaucoup de très bons chanteurs belges, qui après ont réalisé de belles carrières. En tant que belge, débuter à l’ORW, c’est important. J’ai l’impression d’être sur la bonne voie. C’est un métier parfois difficile, où l’on se remet sans cesse en question. Alors quand on est sur la scène de l’ORW, on peut se dire que non seulement on avance, mais qu’on est capable de bien exercer son métier. Passer par des portes étendards comme l’ORW ou la Monnaie, ça permet de se donner confiance, de savoir un peu plus ce que l’on fait, ce pourquoi l’on est fait.

Q. : Quand as-tu commencé la musique ?

K. : À l’âge de trois ans, j’ai débuté par le piano. J’ai été admis à l’IMEP (Namur) comme jeune talent à 14 ans. Or là-bas, tous les instrumentistes ont cours de chant. Pendant un cours, j’ai imité ce que je pensais être un chanteur d’opéra. Il se fait que le professeur de chant a entendu quelque chose. C’est comme ça que tout a commencé pour moi qui, au départ, n’aimait même pas l’opéra.

Q. : Que fais-tu quand tu ne chantes pas ?

K. : Je mange ! Sans rire, quand je ne chante pas, je mange, je cuisine. C’est un métier qui offre la chance de beaucoup voyager. Du coup, j’en profite pour visiter et  gouter d’autres saveurs. Sinon, quand je ne suis pas en production, je vois mes amis pour parler d’autres choses autour d’un verre. Cela me permet de souffler un peu, de me vider la tête de toute cette musique et de décompenser.

Q. : Un endroit favori à Liège ?

K. : Je ne connais pas très bien Liège. Mais, j’aime beaucoup l’ambiance de la Sauvenière où après les spectacles, nous nous retrouvons entre chanteurs pour boire un verre et parler de tout et de rien.

Vous pourrez retrouver Kamil Ben Hsain Lachiri en janvier 2019 dans Faust de Gounod à l’ORW. Si vous n’avez pas envie d’attendre jusque là et que vous avez l’âme d’un voyageur, Kamil sera en juin à l’opéra de Dijon dans El Prometeo et aux Escales Lyriques de l’île d’Yeu (Vendée) et puis n’hésitez pas à suivre ses actualités sur : https://www.facebook.com/kamilbhl/ ou https://alma2a.com/kamil-ben-hsain/

 

 

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