LES DIFFÉRENTS VISAGES DE L’ORW – ANNE-CATHERINE GILLET, UNE SOPRANO SANS CHICHI

Questions et rédaction : Milan Amélie Nyssen / Photographies © Lorraine Wauters

 

C’est lors du Domino Noir, donné à l’Opéra Royal de Wallonie en février passé, qu’Anne-Catherine Gillet nous a accueillis dans sa loge, après avoir chanté, dansé, virevolté et changé de costumes une nombre impressionnant de fois pendant plus de deux heures. Un tour de force – physique et vocal – pour  la soprano belge, qui pourtant enchaîne le tout avec grâce et sans effort apparent.

Quatremille : Quelle votre punchline ?

Anne-Catherine Gillet : Comme Ford Boyard ! « Toujours plus loin, toujours plus fort ! », bien que j’aimerais être plus détendue. Je suis trop rivée sur le travail, sans profiter des moments. Je suis sans cesse en train d’étudier et cela me ferait du bien de m’ouvrir à d’autres choses. Un peu de plus de yoga, de gym. Car au bout d’un moment, ce métier vous prend beaucoup.

Quatremille : Vous avez fait vos études et vos premiers pas sur scène à Liège. C’est important de revenir à l’ORW ?

A.G. : Mais oui ! C’est le théâtre où j’ai débuté. Tout à l’heure, une artiste des chœurs m’a félicitée et cela a beaucoup d’importance pour moi car ce sont des gens qui m’ont vu naître et grandir. Comme je reviens assez régulièrement, c’est touchant d’avoir un port d’attache.

Quatremille : L’ORW est-il différent, par rapport à d’autres maisons d’opéra ?

A.G. : Chaque maison est différente, c’est comme les membres d’une grande famille. Chacun est différent, chacun a son caractère, son mode de vie. Mais il y a des gens attachants partout et c’est le plus important.

Quatremille : Qu’aimez-vous le plus dans le Domino Noir?

A.G. : Le mélange des genres. Travailler avec des danseurs, avec des gens qui ne sont pas du milieu de l’opéra. Ces danseurs font tellement : ils sont marionnettistes ; ils font aussi la figuration et la boule de disco ! J’aime aussi travailler avec les comédiens, Sylvia Bergé et Laurent Montel, qui apportent une dynamique différente.  Et puis le monde de Valérie Lesort et Christian Hecq est très joyeux. De plus, travailler avec d’autres personnes, cela apporte un peu de fraîcheur à notre groupe de chanteurs habituel !

Quatremille : Après tant d’années, y a-t-il toujours des choses qui vous surprennent dans l’opéra ?

A.G. : Oh oui ! Fatalement ! Cette mise en scène me surprend. Heureusement, chaque mois, on va peut-être rencontrer un metteur en scène, un collaborateur, un chef d’orchestre qui va nous apprendre quelque chose de neuf. C’est une vie qui est faite de surprises. Et puis, ce qui me surprend, c’est l’amour des gens pour ce métier. Je trouve cela beau, ces gens qui veulent aller toujours plus loin. Valérie Lesort nous envoyait des petites mémos après la deuxième représentation. Ou encore le mois dernier, j’étais à Oviedo pour Pelléas et Mélisande, et chaque soir, le chef d’orchestre nous donnait des petites notes. Des gens tellement investis, je trouve cela vraiment beau !

Quatremille : Si vous n’étiez pas chanteuse d’opéra, vous seriez …

A.G. : Ouh là ! Quand j’étais toute petite, je voulais être architecte. Puis à un moment donné, dans un moment de ras-le-bol, j’ai dû dire que je voulais ouvrir une maison d’hôte. Mais bon, je ne sais pas si je resterai dans le monde du spectacle. En  tout cas, à l’heure actuelle, je ne sais rien faire d’autre. Il faudrait peut-être que je commence à me diversifier.

Quatremille : Est-ce excitant de faire un opéra plus méconnu, sans avoir derrière vous le spectre des grandes références musicales ?

A.G. : Oui, extrêmement. Ne pas avoir – comme pour Traviata – les grands standards, les fantômes des grands chanteurs au dessus de nos têtes nous permet de nous sentir libre ! Et beaucoup de personnes dans le public n’ont jamais entendu cet opéra avant de venir l’écouter ici à l’ORW, ils sont vierges de toute référence. C’est un sentiment exaltant.

Quatremille : Quel serait votre conseil à un jeune chanteur qui débute ?

A.G. : De bien rester les pieds sur terre. Quand on fait ce métier, quand on voyage autant, ce n’est pas évident de savoir où est notre maison, où est notre cœur, où sont nos valeurs. Quand j’ai commencé, je me suis dit que j’aurais une famille, une maison à la campagne car j’avais besoin d’être ancrée quelque part pour ne pas me perdre. Je l’ai fait et j’en suis très fière. Mais les choses ne sont plus comme il y a vingt ou trente ans où il fallait choisir : c’était faire carrière ou avoir une famille. Bon, c’est vrai que ça reste une vie avec des horaires un peu compliqués mais tout est posssible !

Et puis, il faut la santé aussi. Sans elle, ce n’est pas possible de faire ce métier.

Quatremille : Un endroit fétiche à Liège ?

A.G. :Non, même pas. Même quand je vivais ici, je n’en avais pas. J’étais soit à l’ORW, soit à l’appartement. C’est vrai qu’en fait, je connais très peu Liège. Mes collègues me parlent beaucoup d’Une gaufrette saperlipopette. Il faut que j’y aille !

Quatremille :  un grand merci !

 

 

 

 

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