DES ÉMOTIONS EN TERRE CUITE

Rédaction : Naomi Bussaglia & Milan Amélie Nyssen // Photos : Naomi Bussaglia

Jusqu’au 3 mars prochain, le Musée de la Boverie accueille l’exposition « Rétrospective » de la sculptrice Mady Andrien. Forte de ses 50 ans de carrière internationale, la Liégeoise nous invite dans son univers réparti sur septante œuvres et cinquante années de carrière environs. Naomi Bussaglia et Milan Amélie Nyssen étaient sur place pour Quatremille.

Si c’est le froid hivernal qui nous pousse à passer les portes du musée de la Boverie, la chaleur des personnages paisibles et contents de Mady Andrien nous poussent à y rester. Dans la grande salle vitrée du Musée, les nombreux baigneurs, danseurs et autres personnages prétendent contempler le bord de Meuse. Les statues aux tailles humaines semblent presque nous inviter à découvrir leur vie, leurs habitudes. Alors que l’on s’abandonne au spectacle des nombreuses sculptures de terre et de métal de l’artiste, le temps semble ralentir. Peut-être est-ce pour nous laisser profiter un peu plus de l’exposition ?

Passé les portes de la grande salle, une foule d’émotions. Les sourires des enfants, les mots que l’on imagine échangés entre les baigneurs, ou plus secrètement les lèvres renfermant un soupir des amoureux de Mady. Car les couples représentés par l’artiste sont nombreux, se tenant la main, s’embrassant, ou même se dévoilant à nous. L’amour est omniprésent. Une petite pièce mise à l’écart, réservée à ses quelques statues dites « érotiques », nous expose un court-métrage dévoilant le mode de travail de l’artiste.

À travers des œuvres connues des Liégeois pour avoir partagé les rues avec eux, Mady Andrien nous entraîne à découvrir sa vision de la ville, et de la vie. Elle traite des sujets ordinaires, des couples, des amis, des foules, et les aborde d’une manière à priori « primaire ». Cette manière, on la retrouve dans ses statues grossièrement croquées. De plus près, on en réalise pourtant les expressions et les gestes cachés de ses personnages. On retrouve même les causes revendiquées par ses groupes de manifestants. La magie du talent de Mady Andrien se trouve là : dans sa manière de nous faire vivre une scène du quotidien avec des yeux enchantés.

Naomi Bussaglia

Exposition "Rétrospective" de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition « Rétrospective » de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition "Rétrospective" de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition « Rétrospective » de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

De Mady Andrien, je ne connaissais que les baigneurs et baigneuses pataugeant sur le parvis de l’hôpital de la Citadelle. J’aimais leur nonchalance, leur vie insouciante mais aussi le fait qu’ils soient plus grands que moi. À cinq ou six ans, je pouvais me cacher derrière eux. Ils faisaient de la Citadelle un endroit plein de joie, un contraste plus que réussi avec l’hôpital.

C’est donc avec une curiosité enfantine que j’ai découvert sa rétrospective à la Boverie. Le lieu, avec sa grande baie vitrée et son aspect industriel, rend un bel hommage à l’artiste liégeoise. La disposition des pièces magnifie les œuvres qui paraissent se regarder, s’épier et se répondre. C’est le cas du couple de La Libertine posée et posant sur une colonne, que semblent regarder les autres statues.

D’autres sculptures, aussi sensuelles qu’érotiques, se trouvent comme cachées à l’intérieur d’une pièce créée pour l’occasion au sein du hall. Sous la lumière tamisée, ces ébats de couples offrent une beauté parfois crue mais jamais vulgaire vous coupant tout simplement le souffle. On y découvre également un portrait vidéo, tout en pudeur, de l’artiste.

À travers des pièces douces-amères comme Femen, Il faut sauver Mickey ou encore la statue du Fusillé, dont le titre est sans équivoque, la sculptrice porte un regard sans filtre sur la société.

Un regard sur le monde qui, tour à tour, réjouit ou questionne. Une rétrospective qui m’a poussée à rechercher, un peu partout dans la ville ses œuvres et de me rendre compte ainsi qu’elle est partout : Les Danseurs de la Galerie Opéra, la fresque au-dessus de la FNAC. Sans oublier Les Coureurs du rond point d’Alleur ! Et que, de facto, Mady Andrien avait accompagné mon quotidien de Liégeoise depuis toujours.

Milan Amélie Nyssen

Exposition "Rétrospective" de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition « Rétrospective » de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition "Rétrospective" de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

Exposition « Rétrospective » de Mady Andrien au Musée de la Boverie © Naomi Bussaglia

L’exposition est ouverte jusqu’au 3 mars 2019

Du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermeture le lundi

Accessible aux détenteurs d’un billet d’entrée à l’expo « Chefs-d’œuvre »

 

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