DENZO, GUITARISTE ET LUTHIER OU LES DEUX FACES DE LA GUITARE

Interview : Cécile Botton / Photos : Gaëtan Streel & Élodie Leroy

Il y a quelques temps, Quatremille est parti à la rencontre de David D’ascenzo, guitariste de Piano Club et de Tanaë. Mais pas que… Il y a quatre ans, cet architecte d’intérieur lâche son boulot et se tourne vers sa première passion, la lutherie. Peu à peu guitares et amplis Denzo prennent place sur le devant de la scène. Nous vous livrons les confidences d’un homme aussi bavard que passionné.

Si vous êtes un tant soit peu connecté au monde musical et branché sur les réseaux sociaux, vous ne pouvez ignorer ces guitares colorées qui, depuis quelques temps, accompagnent divers musiciens. Curieuse de nature, je décidai de frapper à la porte du luthier liégeois à l’origine de ces petites merveilles !

© Gaëtan Streel

C’est avec le sourire que David m’invite à entrer dans son univers. Une petite pièce encombrée de guitares en tout genre. D’emblée, il me conte l’origine de sa passion. À 18 ans, lorsqu’il termine son cursus en menuiserie/ébénisterie, il espère intégrer une nouvelle école de lutherie à Namur. Faute de participants, celle-ci ne verra jamais le jour. « Entre-temps », poursuit David, « je bidouille dans mes guitares d’abord et puis dans celles de mes copains. » De fil en aiguille, le temps et l’argent l’ont rattrapé. Il décide alors de se diriger vers l’architecture d’intérieur, métier qu’il exercera pendant 18 ans tout en continuant à pratiquer la lutherie à très petite échelle.

© Gaëtan Streel

Il y quatre ans, tout bascule… « Mon papa tombe malade, et je prends une pause carrière pour assistance médicale », lâche-t-il. Toujours animé par son désir de se professionnaliser dans la lutherie, il prend un registre de commerce complémentaire. « En gros, j’ai envoyé tout chier et je suis passé du business-business à… je descends mon escalier et j’entre dans mon atelier », explique-il, « ça, c’est juste magique ! »  Soutenu par son épouse, il se lance à fond dans cette activité. À 40 ans, maison payée, il devient luthier à 100%. Chose qu’il n’aurait pu faire à 18 ans faute de moyens techniques et financiers. « Il y a 20 ans, le support du net n’existait pas », enchaine David, « alors, tu étais obligé d’aller taper sur l’épaule d’un luthier pour glaner un stage et essayer de te lancer. » Au Départ, l’artisan se contente juste de petits réglages. Avec le temps, il se bonifie et le bouche à oreille aidant, il a de plus en plus de travail. Parmi ses clients, il compte pas mal d’artistes, entre autres, Christophe Pons de Machiavel, les Dalton Telegramme,  Jérôme Mardaga, MLCD, It It Anita, Sébastien Hogge, Gaëtan Streel ainsi que la majorité des magasins de musique de la cité ardente. « Compter de super musiciens aux oreilles et doigts affûtés qui me font confiance, c’est vraiment top, c’est une belle reconnaissance ! », conclut l’artisan.

© Gaëtan Streel

Néanmoins, entretenir et réparer, c’est bien, mais la guitare le démange… Il aimerait soulever la deuxième facette du métier : la création. « Pourtant, créer n’est pas rentable », lâche David. N’empêche, il a de la suite dans les idées ! Ce n’est pas pour rien qu’il s’appelle Denzo custom guitarz. Si les gens n’ont pas encore le réflexe d’aller voir un luthier local leur offrant un service irréprochable un rien plus cher, ils sont cependant attirés par les copies de grandes marques américaines comme Fender ou Gibson. « Lorsque je fabrique une guitare qui ressemble à une Fender, je l’améliore parce que je connais tous les points que l’on néglige en grande production pour en diminuer le coût », explique le musicien, « mais c’est ingrat car le public pense que c’est une Fender et non une Denzo ! » Paradoxalement, face à une innovation trop importante, les gens sont également frileux. « Difficile d’être reconnu en tant que créateur », conclut l’artiste.

© Gaëtan Streel

Si David se concentre sur les guitares et les basses électriques, c’est en partie lié à son histoire de guitariste et bassiste. « Je viens clairement de la vague grunge avec Nirvana », raconte-t-il, « à l’époque, je voulais être un rebelle ! ». En démarrant la lutherie et pour compléter ses revenus, il renoue avec la musique et la scène. Il est d’ailleurs tout heureux de découvrir et parcourir le monde à 38 ans. Il y a un peu plus d’un an, il croise la route de Tanaë. « Depuis, je joue de la guitare acoustique et c’est un vrai plaisir », lâche notre musicien. Alors, ce n’est pas l’envie qui lui manque pour fabriquer de telles guitares, mais aujourd’hui, l’infrastructure de son atelier ne le permet pas. Il veut également donner l’image d’un luthier moderne. « J’aime bien  peindre les guitares en vert, en rouge, en bleu ou encore en paillettes dorées ! » confie l’artiste.

© Élodie Leroy

Une autre de ses forces, la communication ! De fait, les réseaux sociaux n’ont plus de secret pour lui. « Je suis joignable 24h sur 24, 7 jours sur 7 que ce soit sur Instagram, Facebook ou sur mon site », poursuit-il, « c’est ainsi que je suis parfois appelé en urgence au Forum ou à The Voice ! » Il a également pour habitude de se rendre là où personne ne l’attend. Il y a quelques temps, il a présenté ses guitares et son ampli au salon du tatouage de Liège. En effet, avec Benjamin Genot d’AMS TUBE AMPLIFIERS, il a développé un ampli 100% fait main pour un prix ultra concurrentiel. Cet ampli, le premier d’une gamme naissante, attire déjà beaucoup d’artistes.

© Élodie Leroy

« Le monde artisanal en Belgique est un véritable magma en fusion », explique le guitariste, « et j’ai vraiment envie que ces personnes s’interconnectent… Il faut juste que les gens pensent à consommer local. » Il est vraiment important de donner un coup de projecteur sur les artisans de chez nous. Comme Jérémy Stoz et ses pédales qui sont juste géniales. Une prochaine collaboration pourrait être envisagée, qui sait…

Vous l’aurez bien compris, ce passionné n’est pas à court d’idées… Cependant, si la création est la voie géniale que tout bon artisan aimerait emprunter, pour manger à sa faim, il ne pourra faire l’impasse sur les réglages et les réparations. Néanmoins, que ce soit un petit réglage ou une création, David est toujours à l’écoute des ses clients. Envie d’en savoir plus, rendez-vous sur http://denzocustom.com 

© Gaëtan Streel

 

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