DE ANGELIS DESIGN : LE DESIGN D’AUTEUR AU CŒUR DE LA CITÉ ARDENTE

Propos recueillis par Astrid Maigné-Carn

Après une apparition remarquée à l’exposition METAL&DESIGN en 2016, Jimmy De Angelis, 29 ans, s’est vu propulsé sur le devant de la scène des créateurs liégeois. Jusqu’alors passionné par le biomimétisme, il a délaissé cette spécialité pour se consacrer au design d’auteur. Début 2017, il créait AT27, un luminaire à la fois unique et passe-partout. Depuis, ses créations ont été partagées des milliers de fois sur Instagram, de New-York à Ottawa en passant par Paris, les magazines se l’arrachent. Interview d’un ambitieux passionné.

Le biomimétisme: luminaire réalisé avec des champignons bioluminescents – Crédit : De Angelis Design

Quatremille : Quel est ton credo, ta punchline ?

Jimmy De Angelis: Per aspera ad Astra. Cela signifie “par des chemins épineux jusqu’aux astres”. C’est la devise d’un des groupes de graffiti dont j’ai fait partie, TBK.

Quatremille : Ton métier relève plutôt de l’art ou du design? Ou les deux ?

J.D. A. : Difficile à dire. Un artiste n’a pas de norme, un designer en a beaucoup. Énormément même. Je ne pense pas être un artiste. Mais je m’inspire beaucoup de l’artistique en tous cas. Je regarde beaucoup l’art. Je réalise des projets quand j’en ai envie et comme j’en ai envie, j’essaye de proposer des objets ultra personnalisables ou uniques. Par exemple, AT27.  Aucun luminaire ne sera jamais le même. Tout comme Aurore.

Luminaire AT27 – Crédit : Christophe Bustin

Q. : Avec quels matériaux travailles-tu ?

J. D. A. : Initialement, je ne faisais que de l’upcycling, c’est-à-dire de la récup’. J’allais récupérer des choses à droite, à gauche et faisais de petites séries de dix objets ou alors des objets uniques. Je les vendais pour pouvoir manger. J’ai commencé comme ça. Dans mes projets sur le biomimétisme, je n’utilisais que des produits absolument naturels et qui, à la production, nécessitaient le moins d’impact possible sur l’environnement. Selon moi, c’est ça aussi la démarche de quelqu’un qui fait du biomimétique. Maintenant, j’aime bien les polymères, ce n’est pas très écolo mais on produit beaucoup de déchets que l’on peut réutiliser. Je m’arrange toujours pour avoir des mesures standards et pouvoir faire rentrer mes pièces dans une seule plaque et faire X luminaires avec une plaque. Je maximise le plus possible la matière. Pour ce qui est des luminaires, ce ne sont que des lampes basse énergie, des LED. C’est fiable et mille fois plus propre que n’importe quelle autre polymère. Je fais attention à ça.

Q. : La nature a une influence dans tes créations ?

J.D.A. : Tout à fait. Léonard de Vinci disait : «Scrute la nature, c’est là qu’est ton futur.». C’est l’essence même, l’origine de la création, on s’en est toujours inspiré. Aujourd’hui, mes créations sont simplifiées au maximum mais j’ai toujours été inspiré et attiré par le déconstructivisme et l’organique. Par la nature et l’humain en général. Ainsi que tout ce qui a bercé ma jeunesse. Je suis un grand fan de Star Wars, Albator, de tout ce qui est galactique et se passe dans l’espace. Jouer avec la gravité c’est quelque chose qui me plaît pour le moment et auquel je réfléchis énormément. 

Q. : Comment trouves-tu et travailles-tu les couleurs ?

J.D.A. : De manière aléatoire. Pour Aurore, par exemple, j’avais six couleurs, je n’arrivais pas à me décider. Je voulais du vert et du jaune mais en faisant les photos, c’était moche. Généralement, je réfléchis beaucoup aux couleurs. Cela se ressent dans mes projets, souvent j’utilise beaucoup de blanc. J’adore les jeux de réflexions, les miroirs. Cela se marie avec tout. J’avais fait une horloge, Madness, elle est toute miroir. Le design est très complexe. Mais on peut la mettre dans n’importe quel intérieur. Ça va refléter les autres couleurs de la pièce. J’essaie de rester assez sobre. Soit c’est ultra personnalisable et il y a un large choix de couleurs soit c’est plus discret mais unique. Ce n’est pas l’entre-deux, plutôt les extrêmes.

Luminaire Aurore – Crédit : Christophe Bustin

Q. : Le luminaire a une place importante dans tes créations. Pourquoi ?

J.D.A. : Je trouve qu’en journée tout a le même aspect. Une table en journée ce sera toujours une table. Un luminaire sera toujours différent. A chaque moment, la lumière est différente. Je me suis vraiment intéressé au luminaire quand j’ai commencé le biomimétisme. La bioluminescence m’intéressait plus. Ça a d’ailleurs été le sujet de mon mémoire. Je suis tombé un peu fan de tout ce qui était lumière. C’est super cliché un designer qui dessine des bagnoles ou des chaises. Là, ça sort un peu de l’ordinaire. Cela met tout de suite une ambiance dans une pièce. Plus la pièce va être petite, plus le luminaire a de l’importance, plus la pièce va être grande et moins il va en avoir. C’est ce qu’il me plaît le plus de dessiner.

Q. : Tu ne fais pas que des luminaires ?

J.D.A. : Je fais de tout ! Il n’y a aucune limite, jamais. Je ne m’arrête à rien. Je fais du luminaire, des bijoux, je fais du mobilier, des verres. Dès que j’ai envie de faire quelque chose et que ça me botte, je le fais. Lors d’une expo, Design Metal, le flyer parlait de moi comme d’un spécialiste du biomimétisme. Il y avait Giovanni Biasiolo, organisateur du Défilé Eco, il m’a demandé de créer une silhouette pour eux. Je pensais que c’était un dessin, je ne m’attendais pas à devoir faire une robe. Et finalement je l’ai fait. Je voulais proposer quelque chose de complètement décalé. J’ai donc proposé une robe en champignons et en bois. J’ai réalisé quelque chose de très nature, il y avait tout un exosquelette autour de la robe. Lorsque j’ai proposé ça pour le défilé, les gens se sont dit que je venais d’une autre planète. Effectivement je suis un peu fou je crois. Maintenant je ne suis plus du tout dans le biomimétisme, je me consacre à fond sur mes projets. En tous cas, il y a eu un grand intérêt tout autour de ça. Il n’y a que les voitures et les jouets pour enfants que je ne crée pas. Non pas parce que je n’aime pas les enfants, mais parce que je me sens complètement incapable de dessiner des jouets. Et les voitures, c’est un métier en soi et je ne suis absolument pas fait pour dessiner des voitures.

Robe en cuir de champignons, confectionnée par Jimmy De Angelis à l’occasion du Defil’Eco 2017 – Crédit : Quentin Perot

Q.: De son imagination à sa production finale, en combien de temps crées-tu une pièce?

J.D.A. : Cela dépend. AT27, il m’a fallu quatre jours. Pour Aurore, j’ai mis environ deux semaines. J’attendais du matériel. Il y a eu des petits couacs. Tout dépend de l’allure, de l’envie mais généralement quand je commence à réaliser, le projet a déjà bien mûri dans ma tête. Je ne dessine que très rarement mes prototypes. Je les dessine après coup. C’est bizarre mais j’ai les images dans ma tête. Je les matérialise très rapidement. Je ne fais pas de plan non plus. Je les fais au fur et à mesure que je fais les pièces. Je fais tout moi-même: les plans, les dessins, les coupes. Je préfère. Si jamais c’est raté, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. C’est beaucoup de stress et beaucoup de déception parfois mais c’est aussi une fierté.

Jimmy De Angelis collabore actuellement avec la marque de bijoux liégeoise Hoctavius. Prochainement, De Angelis Design participera au RECIPROCITY DESIGN LIÈGE 2018, rendez-vous incontournable du design à l’international. Bientôt, une collection de miroirs sortira.

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