DAFOU. ON TOURNE SOT.

Photographies © Daniel Fourneau © Fondation Roger Jacob
Chronique >Nastasja Caneve

 

 

 

 

Quatremille s’est promené à La Boverie pour visiter l’exposition de Daniel Fourneau organisée par la Fondation Roger Jacob ! Nous vous livrons la chronique de Nastasja Caneve !

 

 

 

 

 

Daniel Fourneau, tu l’as déjà croisé. Regard bleu qui se perd, allure nonchalante. La clope se consume au bout des doigts quand ils ne peignent pas. Il se marre, en silence. Beau gamin qui tangue. Daniel Fourneau, c’est la figure tutélaire d’un cénacle de jeunes artistes ardents. L’un d’eux m’avait dit un jour, Daniel, c’est le Basquiat liégeois. Rien que ça. Pas d’étude de filiation en perspective entre le jeune de Brooklyn et le moins jeune prof de l’Aca, même si réminiscences il y a, l’idée n’est pas là. L’envie, c’est de dévorer des yeux les œuvres présentées à La Boverie où la Fondation privée Les Amis de Roger Jacob consacre à l’artiste une exposition monographique jusqu’au 19 septembre 2017.

Fuck the school. Le gamin voulait peindre comme son père, Charles Félix Fourneau, fantôme envoûtant encore l’atelier de l’artiste. Daniel a gain de cause, il finit sa rhéto à Saint-Luc et s’inscrit dans la section chevalet à l’Académie des Beaux-Arts à Liège où il deviendra le professeur/ami d’une bande de joyeux branques qu’il continue à soutenir. Ré-jouissances.

Tu pourrais passer des heures à la Boverie à plonger, sans bouée, dans chacune des œuvres présentées dans cette exposition qui retrace quarante ans de carrière et de création foisonnante mêlant peintures et assemblages. Tu as intérêt à avoir quelques heures devant toi, ou tu repasses. Prendre le temps, c’est la clé. Chaque toile est un roman en mouvement que tu peux relire au moins mille fois. Du début à la fin, vice versa.

Tu vois des femmes, des chats, « Viens, mon beau chat, sur mon cœur amoureux », des petits, des gros, des velus, des cachés, des minis, des voraces, des doux, des taiseux, des miaulants. Tu vois des couleurs, pleins de couleurs, tantôt discrètes qui se tapissent, tantôt criardes qui gueulent. Tu vois des mots/maux, logorrhée d’un peintre silencieux, jetés au hasard, coup gagnant. Tu vois des ronds qui t’aspirent, dans un vortex infini. Les lignes sont fines, grasses, grosses. No rules. Daniel remplit la toile, l’espace. Daniel compose. Métamorphose.

Je fais la tournée, pas des bars où le peintre gribouille et scraboudjase sur des carnets aux feuilles qui s’envolent, mais des toiles et je tombe sur la dernière de mes pérégrinations qui, contre toute attente, s’intitule Terre Minus. Et, comme une gosse, comme le chérubin l’air de rien au milieu du trou de la toile, je pense à ma mère, au vortex utérin, à la fin. Début de tout. Fond blanc, limpide, les chiottes au centre de l’action, tu tires la chasse et c’est Terre Minée. Et tu chantes, en tourbillonnant, tu tètes en bavant. Le train te passe sous le nez, le chat se marre.

 

Quelques images

 

     

 

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