EN CIE DU SUD : EFFLEURER  LE BEAU, LE JUSTE & LE VRAI LE TEMPS D’UN SPECTACLE

Photographies © Géraldine Thiriart / Rédaction  > Eugénie Baharloo

 

Quatremille est allé voir la pièce Les fils de Hasard, Espérance et Bonne Fortune à la Caserne Fonck! Une création théâtrale de la Compagnie du Sud – mise en scène par Martine de Michele – dont on vous livre notre compte-rendu!

L’immigration italienne ! Cette année nous en fêtons les 70 ans. En tant que Liégeoise ou Liégeois, nous sommes tous liés d’une manière ou d’une autre à ce sujet, un parent, un ami, un collègue, enfants ou petits-enfants d’immigrés. 70 ans c’est long, les mines aujourd’hui ne sont plus que des souvenirs, que l’on visite par devoir. Car oui nous dit-on, la mémoire c’est important, cela nous évite de reproduire les fourvoiements du passé et d’offrir un hommage à ceux qui ont construit notre présent.

Or, que savons-nous finalement ? les mots : faim, pauvreté, déracinement, racisme… Nous connaissons tous l’histoire des sacs de nourritures échangés contre une vie. Tout cela est proche et tellement lointain, maintes fois dit et redit que nous finissons par ne plus les entendre, qu’ils perdent de leur substance. Pourtant, aujourd’hui le mot immigration est dans toutes les bouches, chuchoté, scandé, déformé…

La prouesse du spectacle de la compagnie du sud, c’est d’avoir su viser juste. Sans tomber dans un pathos dégoulinant de bons sentiments, loin d’être écœuré par une série de clichés, le spectateur était emporté. Actuellement, la fantaisie au théâtre est de faire participer le public, d’aller le chercher et de l’emmener sur scène. Trop souvent cette pratique dérape et cela en devient pathétique. Ici, les comédiens ont réussi à créer une telle cohésion sur scène que, moi-même, j’éprouvais le désir ardent de me lever et de les rejoindre. En particulier lors de la séquence du mariage, à la fois réelle et féerique où les comédiens vivaient plus qu’ils ne jouaient.

La scène était disposée au centre, traversée par un rail de train. Le rail, objet lourd de signification en Europe, faisait travailler notre imaginaire et nous remémorait des images parfois douloureuses qui ne sont pas forcément liées à l’immigration. Celui-ci participait au récit, personnage à part entière, il attirait notre regard et permettait également aux acteurs de se déplacer sur des wagons. A certains moments, des images étaient projetées de part et d’autre de ce dernier. Les plus émouvantes, étaient les photos des mineurs, photos ternies par le temps mais dont les regards portent en eux quelque chose d’universel qui renvoyait à la jeunesse, à l’espoir.

Comment parler de cette pièce sans évoquer les chants, encore une fois la compagnie du sud touche la cible en plein cœur. Loin de tomber dans le registre de la comédie musicale de seconde zone où le récit n’est parfois qu’un prétexte pour pousser la chansonnette. Les voix nous transportaient et peignaient un tableau naturaliste d’une époque qui n’existe plus mais qui est encore bien vivante.

Bref, tant de travail ! Au niveau du jeu des acteurs, techniques des chants, des costumes, de la recherche et de la sélection des sources. Après le spectacle, j’ai eu l’occasion de discuter avec une des comédiennes :  » …Pour recréer une ambiance naturelle, nous nous retrouvions en dehors du plateau autour d’une table avec du vin et on discutait, on riait mais c’était aussi beaucoup de travail sur la gestualité, la prononciation,etc. « .

Par la suite j’ai eu la chance de rencontrer celle qui tire les ficelles derrière le plateau, la metteuse en scène, Martine de Michele :  » On sait que l’immigration (les nouveaux migrants) est un sujet sensible aujourd’hui et on voulait en parler sans en parler car on ne voulait pas évoquer quelque chose que l’on ne connait pas… Reparler de l’immigration italienne c’est un moyen d’ouvrir le débat et de montrer que les problèmes rencontrés à l’époque ne sont fondamentalement pas très lointains de ceux rencontrés aujourd’hui par les migrants « .

Pour terminer cette chronique, j’aimerais ajouter que j’ai l’intime conviction qu’en art, l’idée de perfection n’est qu’un concept. Ce dernier, pousse l’artiste à peaufiner les détails afin d’atteindre un idéal qui serait ce fameux point d’intersection entre le beau, le juste et le vrai. Pour moi, ce point d’intersection n’existe pas (oui je vais me faire huer par certains) mais c’est justement là où réside la force de l’art. C’est ce désir d’approcher, de toucher du doigt un rêve et c’est ce geste qui est prometteur. J’ai eu la sensation que pour cette pièce de théâtre, les comédiens, la metteuse en scène, les costumiers et tous ceux qui ont participé à la création, se sont levés et ont tenté d’effleurer le temps d’un spectacle, le beau, le juste et le vrai. Merci à eux. »

 

Quelques photos pour se replonger dans l’ambiance de la pièce :

            

 

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