ÇA BALANCE AU FIL DES MOIS… LA CECITE DES AMOUREUX

Article : Cécile Botton / Photographies : François Xavier Cardon et Antoine Villiers / Visuel affiche : Ça Balance

 

Le mois dernier, Quatremille vous a présenté Ça Balance. Chaque mois, nous vous proposons de découvrir un artiste ou une activité liés à ce projet. En ce mois de novembre, nous sommes partis à la rencontre du groupe La Cécité des Amoureux issu de la cuvée 2015.

C’est en écoutant la dernière compil de Ça Balance que je les ai découverts. Leur morceau Célibataire ne m’a pas laissée indifférente. Les premières notes délivrées par le ukulélé de Julien Hockers m’ont directement transportée dans l’univers de cette célibataire trentenaire. Jean Debry à la contrebasse apporte un espace aérien, permettant à cette jeune dame de prendre le temps de se poser au beau milieu de sa vie effrénée. Attirée par cette voix chaude, en harmonie avec les mélodies, j’ai pris contact avec Jeff Bertemes, le meneur du groupe. Celui-ci m’a donné rendez-vous au Delft, petit café de la place du Vingt-Août.  

C’est avec la ritournelle « Célibataire Et trentenaire Célibattante En dilettante» dans les oreilles que je suis partie à la rencontre de cet amoureux des mots, ardent défenseur de la langue, au caractère bien trempé. D’emblée, une complicité s’installe et l’artiste débute son histoire ou plutôt celle de son groupe né en 2014.

La voici, je ne pouvais m’empêcher de vous la partager : « J’ai toujours eu envie de développer un projet où la langue française serait mise à l’honneur, un projet grandiloquent situé entre théâtre et chanson française, où la langue serait mêlée à l’expression plastique de l’art. J’ai voulu m’entourer de musiciens qui partageraient cette idée et petit à petit au fil des rencontres notre groupe s’est formé. Maintenant, une belle amitié nous lie. Pour créer cet univers, nous collaborons avec des artistes liégeois comme Sara Roces Buelga pour les costumes, Nel Artwork pour les sculptures, François-Xavier Cardon pour la photographie ou encore Louise Kopij pour les bijoux. C’est un vrai bonheur de travailler avec des gens aussi talentueux.

Par ailleurs, être auteur, c’est un métier.  Ça ne s’invente pas. Personnellement, au quotidien, j’essaie de lire énormément, de me renseigner sur la langue et ses variations afin de trouver les mots les plus justes possibles. J’espère être un auteur. Et puis, si nous utilisons la langue, faisons-le à bon escient afin de lui rendre honneur. J’écris tous mes textes et j’y passe beaucoup de temps. C’est un passage obligé, je ne peux pas vivre sans écrire. Dans l’écriture, je trouve autant de plaisir que de peur, mais j’imagine qu’exposer ses zones sombres, ça fait aussi partie de la vie d’artiste. Quant à la musique, c’est Julien Hockers, le guitariste et Noëlle Elisabeth Grégoire, la claviériste qui la composent ou plutôt, c’est une collaboration à trois. Généralement, les mélodies naissent en suivant la rythmique des textes, alors je leur donne des images au propre comme au figuré, je dirige leur création en disant ce que j’entends, ce que je pense être le bon chemin. Parfois mes musiciens me surprennent par la direction qu’ils prennent, ils sortent des choses qui sont éloignées de l’idée première mais qui fonctionnent parfaitement. En réalité, je m’apparente plus à la famille des « faiseurs de chansons » c’est-à-dire des créateurs dont on ne parle plus suffisamment à mon goût comme Léo Ferré, Daniel Bélanger, Marie Laforêt ou encore Diane Dufresne, des noms qui, aujourd’hui, pour beaucoup, n’évoquent pas toujours grand-chose. A vrai dire, je ne me considère pas comme un chanteur à part entière. J’aime beaucoup l’exercice scénique, j’y accorde d’ailleurs beaucoup d’importance. J’ai également besoin d’un support musical où le texte sera mis en avant car il a été travaillé. Je crois aussi que les gens qui nous suivent sont des amoureux de la langue. Pour moi, me retrouver avec un public capable d’écouter, c’est une véritable récompense. Alors quand je discute avec eux dans la salle, je me dis que j’ai de la chance de rencontrer des gens aussi cultivés qui peuvent m’apprendre des choses sur la vie. Je ne sais pas, mais peut-être que les valeurs du public sont celles que je prône également.  

Quant à notre parcours, tout est allé très vite, après deux concerts que j’imaginais sans prétention, à mon grand étonnement, nous avons été programmés à La Nuit du Soir au Botanique.

Entre-temps, nous avions posé notre candidature pour le projet de Ça Balance. J’attendais leur réponse avec impatience et lorsque j’ai reçu le courrier, je tremblais… alors quelle ne fut pas ma joie de découvrir une réponse positive. Pour moi, c’était un premier pas important, nous étions reconnus par des professionnels, ce qui n’est pas rien, même si souvent, on a tendance à banaliser cela. Notre projet en français, alors que la majorité des groupes se tournent vers l’anglais, a effectivement une certaine valeur. Rentrer dans l’écurie Ça Balance nous a permis de travailler au niveau de la mise en scène avec Cédric Van Caillie du groupe BaliMurphy et Jamil Bahri. En arrivant, j’avais beaucoup d’idées qu’il a fallu balayer afin de rendre le spectacle visuellement et musicalement plus propre. Ce sont des moments précieux car c’est compliqué de trouver des scènes qui acceptent de nous accueillir quatre ou cinq jours. Ensuite, il y a eu l’enregistrement de l’album aux côtés de Pascal Charpentier et Christophe Van Huffel, proches collaborateurs de Christophe. Nous avons reçu tous les outils nécessaires pour proposer un projet abouti et de qualité.

Enfin, il y a le clip de Célibataire (et trentenaire) qui sortira ce mercredi 29 novembre. C’est une histoire simple mais aussi tragique, ce texte est né d’une de mes amies qui me disait : « Tu ne peux pas savoir le nombre de fois où l’on me dit : « C’est pour quand les enfants ? » ou « Quand est-ce que tu trouves quelqu’un ? » ». Ce sont des petites phrases qui finalement blessent, et à la fin, la chanson dit simplement : « et qu’importe, je serai tout simplement moi-même ». C’est juste un combat féministe et pour moi, en tant qu’homme, c’est important de chanter des valeurs comme celles-là. Mais revenons au clip. Ce fut un travail de longue haleine car je suis exigeant dans la création, j’en ai conscience et je sais que ça peut déranger certains. Je voulais une vidéo très parisienne reflétant une image élégante, sophistiquée… quelque chose de simple qui, paradoxalement, accorde une grande importance aux détails. Ce fut très complexe à mettre en place : le choix du réalisateur (Antoine Villiers), de l’actrice (Sarah Labhar) et des lieux.  Au final, c’est un projet franco-belge dont je suis fier. J’ai hâte de le voir sortir.

Aujourd’hui, nous arrivons à la Caserne Fonck avec plus d’assurance car nous avons été très bien entourés, ce qui est très appréciable. Nous sommes fiers d’avoir été choisis pour le concert anniversaire. »

Et c’est ici que se finit l’histoire. Enfin presque car je ne pouvais la terminer sans aborder l’album où chaque morceau nous conte une tranche de vie si vraie. Bercée par la valse des mots et la magie des notes, le croisement de deux dimensions en pleine euphonie, je suis impatiente de découvrir la troisième, l’art de la mise en scène qui compte tant pour Jeff. Quelle harmonie ce triptyque produira-t-il sur scène ? Alors si comme moi la curiosité vous titille, réservez vos places pour le concert du 1er décembre à la Caserne Fonck via  https://www.weezevent.com/ca-balance : 6 € en préventes ou 8 € sur place. Et puis, n’oubliez pas d’aller vous balader sur leur page Facebook ou sur Instagram.

 


Photographies © François Xavier Cardon

Photographies © Antoine Villiers

 


Affiche © Ca Balance