BOILER ROOM SAUCE LIÉGEOISE

Chronique : Thomas Renauld / Photographies © Florian Allegro Photography

À la fin du mois de mars, Liège accueillait pour la première fois une soirée Boiler Room, concept de diffusion de performances musicales sur Internet. Désormais considérée par beaucoup comme un mastodonte de la florissante industrie des musiques électroniques et assimilées,  l’institution anglaise a impressionné autant qu’elle a laissé perplexe à l’occasion de sa première visite dans la Cité Ardente.

Le Boiler Boom

C’est en 2010 que naît le concept Boiler Room, dans l’effervescence de la scène musicale londonienne. L’idée est la suivante : permettre la diffusion de DJ sets dans le but de mettre en lumière la scène londonienne. Depuis lors, le projet a grandi de manière impressionnante, Boiler Room s’étendant désormais sur plusieurs continents, dans plus d’une centaine de villes différentes. À Londres ont succédé Berlin, New-York, Chicago, Tokyo, Moscou, Paris ou encore, plus récemment, Bruxelles. Le 28 mars, Liège a accueilli sa première soirée Boiler Room au Pôle Image de Liège, pour ce qui a constitué la première Into The Dark, une subdivision obscure des soirées Boiler Room. L’occasion pour le public liégeois – mais pas que – d’observer en direct ce qui se rapportait jusqu’alors au virtuel… Et de constater des choses étonnantes.

Une histoire de calibrage

La première chose qui frappe l’œil – ou plutôt l’oreille – une fois passé le long couloir sombre censé justifier le nom de la soirée, c’est le son. Quel ne fut pas mon étonnement au moment d’observer que les colonnes d’enceintes, disséminées au quatres coins de la grande salle, peinent énormément à remplir correctement l’endroit d’une acoustique correcte. En effet, pour jouir d’une qualité sonore suffisante, il est nécessaire de rester collé aux enceintes. Un comble quand le DJ est placé au centre de la salle et que cette dernière n’est pas complètement remplie. Ce paradoxe scénographique laisse plus encore un goût amer quand on se rend compte que le public, à quelques exceptions près, ne semble pas se soucier de ce problème majeur. En témoigne le placement de la majorité des personnes, regroupées autour du DJ, comme si l’image avait plus d’importance que le son ce soir-là. Peut-être ai-je manqué un élément important ; toujours est-il que j’ai passé la majeure partie de la soirée isolé, jouissant d’une bonne acoustique mais d’une ambiance en demi-teinte, du fait de cette scénographie.

Ce manquement sonore illustre en définitive la logique construite par Boiler Room. Ces soirées, même si elles s’inscrivent dans la réalité et sont remplies de personnes cherchant à faire la fête et/ou à écouter de la musique à haut volume, sont bel et bien calibrées pour leur diffusion sur le Net. En effet, en revisionnant la soirée sur Internet, on ne se rend pas compte de ces faiblesses réelles.

La musique adoucit les mœurs

Tout au long de la soirée pourtant, les DJ sets sont convaincants, sinon mémorables. Steve Rachmad, d’abord, distille une techno rythmique et plutôt sombre. Si les habitués du genre déploreront sans doute certains choix – jouer le « I Wanna Go Bang » de Nina Kraviz trouve-t-il encore une résonance particulière en 2018 ? –,  le set est convaincant. Sous son alias Sterac, le Néerlandais s’attelle à maintenir une tension sonore respectable, avec succès et maîtrise. L’heure de mix qui lui est réservée s’écoule rapidement, preuve que Rachmad est parvenu à faire s’évaporer les doutes liés à l’acoustique balbutiante.

Alexander Rhida, répondant plus volontiers au nom de Boys Noize, ne fait pas dans la dentelle : comme à son habitude, l’Allemand joue de crescendos longs et intenses. Un set classique renvoyant l’auditeur quelques années en arrière, aux alentours de l’année 2010. Détail important ceci dit, l’Allemand fait ce soir-là et comme depuis quelques années davantage appel aux codes de la techno. Ces influences plus marquées, sinon nouvelles, soufflent un vent de fraîcheur sur le set proposé en clôture de cette soirée.

Ce soir-là pourtant, c’est bel et bien Nastia qui remporte la palme du set le plus fouillé. Tant au niveau de la sélection des morceaux que du point de vue technique, l’artiste ukrainienne fait montre d’éclectisme et d’audace. Après une introduction lorgnant du côté de l’IDM, voire du glitch, Nastia soulage le public chauffé à blanc en lui offrant une électro à l’imagerie puissante. Une demi-heure plus tard, l’Ukrainienne se tourne volontiers vers des morceaux aux influences techno indéniables – mention spéciale au « Wreck » de Broken English Club, sorti l’année passée sur l’éminent label L.I.E.S. Records. De quoi satisfaire un public conquis d’avance avec, à sa suite, le set de Boys Noize évoqué plus haut en guise de dessert.

 

QUELQUES IMAGES © FLORIAN ALLEGRO PHOTOGRAPHY