UN P’TIT TOUR DU CÔTÉ DES SCÈNES OUVERTES : LE BLUES-SPHERE

Rédaction : Cécile Botton

Mardi 5 octobre, à l’occasion du « Laisser Dire ! », Quatremille a poussé la porte du Blues-Sphere. Ce lieu mythique est bien connu des amateurs de blues et de jazz. Rencontre avec Jean-Paul Brilmaker, passionné et ardent défenseur de la langue française.

Blues-Sphere © Quatremille - Cécile Botton
Blues-Sphere © Quatremille – Cécile Botton
Tout un ancrage

« Le blues-sphere, c’est le cri de révolte et de liberté à partir de cet extraordinaire sens de l’expression culturelle qu’ont manifesté les descendants des esclaves américains » lâche d’emblée Jean-Paul.

Depuis plus de 10 ans, le blues-sphere est porté par l’asbl Black Roots. En janvier 2011, c’est dans la salle des fêtes de Droixhe que démarrent les premiers concerts. « Puis, on a voyagé dans divers lieux avant de venir s’installer rue Surlet en aout 2012… avec l’idée de présenter le blues comme musique principale, sans oublier le jazz. »

Avec le temps, d’autres formes de musique se sont ajoutées comme la musique folk, la world musique ainsi que la chanson française. « Nous nous sommes dit que l’expression française, c’est la nôtre, c’est comme ça que nous pensons et que nous nous exprimons. Il est quand même important que soient valorisées les modalités, les conceptions, l’expression du langage et de la pensée car c’est comme ça que nous existons et que nous défendons une forme d’identité qui échappe à une normalisation mondiale. » Voilà l’esprit dans lequel ont démarré les scènes ouvertes de slam au Blues-Sphere. Peu à peu, ces dernières se sont transformées en « Laisser Dire ! », une modalité d’expression laissant la part belle à toutes les libertés.

Laisser-dire

Chaque premier mardi du mois, le Blues-sphere s’ouvre à tout qui a envie de s’essayer à la scène. « C’est très variable, d’une fois à l’autre, on peut avoir trois personnes comme on peut en avoir 30, on ne sait jamais d’avance qui va venir… Il y a des habitués, puis des personnes qui ont commencé à écrire en venant voir. » Ici, point d’inscription, il suffit juste de s’installer devant un bon verre, d’ouvrir ses oreilles et, quand vous le sentez, vous montez sur scène. C’est totalement libre ! « Bon, s’il y en a deux qui se battent en même temps, je tranche dans le lard… non, mais ça se fait très simplement ! »

Stand Up, lectures de textes divers, nouvelles, poésies, slam, chanson française… A cappella ou accompagnée d’instruments, création ou reproduction : tout ce qui touche à l’expression en langue française est autorisé !

« Moi, je dirais qu’on a essayé d’éviter des clivages et la reproduction de schémas un peu trop stéréotypés, parce qu’on a déjà constaté que certaines formes d’expression sont un peu repliées sur elles-mêmes et s’applaudissent l’une l’autre… Or, à force de s’applaudir l’un l’autre, on a peu d’ouvertures sur le reste d’une ville. »  Ici, les gens viennent de tous horizons, apprennent à se connaître, découvrent et semblent très heureux. D’ailleurs, certains viennent uniquement pour assister et ne monteront jamais sur scène. Peut-être est-ce la seule salle à Liège qui fait la part belle à toutes les ouvertures ?

Une manière de se rendre compte qu’au-delà des tenues, des coiffures, des attitudes, les gens ont les mêmes émotions et que l’expression humaine est largement partageable. « Maintenant, je ne suis pas pour la simplification à outrance. S’il est possible d’employer des termes exacts qui rendent au mieux votre pensée, même s’ils ne sont pas très usités, pourquoi ne pas le faire ? Il faut que tout le monde apprenne à la lire, apprenne des nouveaux mots, apprenne à élargir son champ d’horizon… Moi je crois que c’est indispensable et ça ne peut se faire que par le français » conclut Jean-Paul.

Au rythme de la programmation

Ouvert quatre jours par semaine, le Blues-Sphere vit au rythme d’une programmation bien structurée…

Le mardi, c’est l’expression française qui est mise à l’honneur. Auteurs, chanteurs, conteurs, éditeurs, poètes y sont les bienvenus. Le « Laisser-dire ! »

Le mercredi, c’est l’école du blues qui allie quatre disciplines : guitare, basse, batterie et chant. Il s’agit de préparer une vingtaine de chansons liées à l’histoire du blues telle qu’elle est portée par les chanteurs noirs américains. Le troisième samedi de juin, tous les élèves montent sur scène pour présenter le répertoire.

Le vendredi, c’est la jam session de blues. Elle est ouverte à tous les musiciens qui connaissent les grilles du blues et maitrisent leur instrument. « Le blues n’est pas un style musical très compliqué, il est plus simple que le jazz, mais il obéit quand même à quelques critères musicaux et à un style rythmique et mélodique ; des tonalités, des tons, c’est assez codé… Si on peut rentrer là-dedans, c’est bien ! » Chaque musicien ou chanteur répondant à ces conditions peut monter sur scène autour du trio de base du Blues-Sphere. Il pourra jouer le temps d’un set de 15 à 20 minutes. Habitués et inconnus se croisent le temps d’une jam ! « Des gens de toutes nationalités d’ailleurs, des Espagnols, des Italiens… Vendredi dernier, on a eu un petit batteur italien qui était extraordinaire, un jeune gars d’une vingtaine d’années qu’on reverra ou pas ! »  Le vendredi, c’est aussi un public d’habitués qui ne vient qu’aux jam sessions afin de savourer cette ambiance particulière… « C’est un peu comme au cirque, on joue sans filet, ça marche ou pas… Il y a des moments où certains musiciens sont un peu à quia alors les autres les rattrapent ! Je pense que les gens aiment bien les prises de risques que l’improvisation génère elle-même. » En plus, c’est gratuit !

Le samedi, en principe, c’est le concert de blues avec des bluesmen qui viennent d’Europe, d’Amérique. Le maitre mot de cette soirée rime avec groupes de qualité ! « Et même si se déplacer actuellement n’est pas facile, dans quinze jours, on sera un des rares lieux en Europe à accueillir des Américains. On a continué à faire de la musique là où d’autres arrêtaient, on n’a pas voulu se laisser impressionner par l’ambiance générale ! »

 La question qui tue

« Non, le pass-sanitaire ne sera pas demandé. S’il le faut, on limitera la jauge à 50 mais jamais nous ne jouerons dans le jeu de la discrimination entre les gens. Jamais, jamais… D’ailleurs, la plupart des lieux liégeois vont bientôt sortir un communiqué de presse signalant leur désaccord profond avec ce pass-sanitaire. La grosse majorité des lieux liégeois sont en opposition avec ce système qui n’a pas de fondement : ni sanitaire, ni médical et qui est plus politique qu’autre chose » conclut Jean-Paul.

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Envie d’autres lectures ? Redécouvrez le 1er article de cette série de Cécile Botton consacrée aux scènes ouvertes liégeoises :