BIP – BIENNALE DE L’IMAGE POSSIBLE

{ Chronique de l’événement }
Photographies © Laurent Henrion
Chronique > Jean-Sylvain Tshilumba Mukendi

 

Il y a peu, Quatremille est allé faire un tour à la Biennale de l’Image Possible, anciennement appelée Biennale Internationale de la Photographie et des Arts visuels de Liège. Cette manifestation s’articulant autour de divers espaces culturels liégeois (le Manège Fonck, les Ecuries, le Hangar B9, la Salle Capitulaire (ESA Saint-Luc Liège); et les Chiroux, les Drapiers, la Space et la Galerie Satellite), notre équipe a voyagé entre les expositions et installations proposées et vous soumet son compte rendu!

 

LA CHRONIQUE DE JEAN-SYLVAIN TSHILUMBA MUKENDI :

« Cette édition rappelle que la pratique du médium photographique continue de repousser les limites de l’impossible. A peine les larges portes du Manège de la Caserne Fonck passées, il est évident que la scénographie a été soignée. L’envergure du travail de Jan Van Ijken et de Richard Mosse donne le ton et fait place à une série de travaux dont l’expérimentation est le mot d’ordre. Résultat : on navigue l’exposition bien souvent pantois, celle-ci se révélant au travers des prouesses de composition de chaque auteur. Oui, toutes ces images sont bien possibles! On soulignera le travail de Emmanuel Van der Auwera dans lequel la question de présence, d’opacité et de révélation de l’image est abordée avec brio et inventivité.

Crochet par le B9 où la magie de l’image continue d’opérer et de sublimer la distance créée avec le spectateur par certaines pièces exposées au Manège, pêchant dans un soucis thématique : les oscillations, les paradoxes et les tensions entre le visible et l’invisible. Dans ce deuxième volet, un nom s’élève: Augustin Rebetez. Ce jeune plasticien chilien dévoile un univers onirique qu’il déploie avec une cohérence visuelle affinée et fantaisiste. Les moyens sont modérés mais le résultat n’en est pas moins complet. Les symboles d’oiseau, la superposition des corps et le mysticisme qui transpire des représentations composent une œuvre dont les détails n’ont pas été laissés au hasard. Tout simplement réussi.

Dans le reste de ce pavillon 9, les essais d’assemblage graphique, de composition et d’impression transcendent toute approche conventionnelle de la photographie. Tel un poète, Stephen Gill joint littéralement la réalité à sa représentation. Ainsi, de manière concrète, il sublime cette perception première avec une texture naturelle et une esthétique qui adoucit le regard. Thorsten Brinkmann fait de la photographie un travail d’assemblage, de trompe-l’œil et d’extension maîtrisée, faisant usage des objets déjà présents dans ses tirages. Enfin, la série Recycle 11 de Jean-François Lepage est des plus abouties.

Quant à elle, Stéphanie Roland nous plonge dans le noir. Non pas le trou mais ce sombre ambiant, de circonstance. Progressant dans la salle capitulaire, son œuvre saisit le spectateur au plus profond. Une profondeur qui déroute, angoisse mais qui est si rassurante à la fois. Stéphanie Roland nous offre un point d’accès à l’expérience familiale dans laquelle chaque membre est confronté à ses peurs et ses certitudes. L’oeuvre est plurielle. Elle se repose sur des tirages sombres, contreplaqués sur un support finement métallique faisant rappel à la dimension structurelle, quasiment architecturale de ce projet. Deux projections saisissantes rendent l’expérience agréablement contemplative. Stéphanie Roland parvient à toucher notre intérieur, à ramener l’expérience photographique à un propos existentiel.

Agrémentée d’événements parallèles, dont les nombreuses interventions en ‘OFF’, cette édition intègre plus largement le paysage créatif et culturel liégeois. Un détour par la galerie Quai 4 garantit une évasion minimaliste, les clichés élémentaires d’Arnaud Lesage sont justement composés, laissant deviner un œil acéré, aguerri au cours des voyages et du temps.

Le week-end dernier, le PhotoBook Festival a pris possession des Ecuries du Manège de la Caserne Fonck, l’occasion de réunir une vingtaine d’éditeurs européens et d’offrir au public liégeois une sélection variée et osée, défiant le statut de l’image et la perception de la photographie.

Pour tous les amateurs du genre, les non-conformistes de l’image et tous ceux qui s’inscrivent dans l’innovation et le renouvellement de la pratique photographique, vous avez jusqu’au 16 Octobre pour vous faire votre opinion. Cette édition est surprenante et déconcertante à bien des égards. Il y en a pour tous les goûts et les quelques fautes d’accords mineures au niveau de l’homogénéité de l’ensemble passeraient presque inaperçu tant la réflexion et l’essai dominent cette édition. Bref, rien n’est impossible, encore faut-il le voir. »

 

Ensuite, quelques images pour tenter de traduire cette expérience :

 

bip-liege-4000-laurent-henrion

On like, on partage et on suit la page facebook de la BIP!

A l’année prochaine!