BAWLERS, LE DEUXIÈME ALBUM DU COLLECTIF LE 77, DÉBARQUE DANS TON HOOD

Chronique : Kaer / Visuels © Elie Carp, Sasha Vernaeve, Studio Daoudi & Martin Gallone

Si vous étiez là lors de l’Urban Ardent #14 au Kultura., il y a beaucoup de chance pour que nous ayons échangé quelques coups d’épaules et écrasé quelques orteils ensemble. Ce soir-là, Liège vibrait sous l’énergie de cette bande de colocs hyper barrés, qui se sentent complètement chez eux sur scène, et qui te foutent un bordel monstre digne des plus belles afters.

Le 77, c’est une sorte de maison de fous où chacun des habitants apporte sa pierre à l’édifice d’une énorme récréation musicale.

Félé Flingue et Dr Peet s’occupent de nous faire le tour du propriétaire avec leurs lyrics qui fusent tous azimuts pendant que Morgan cuisine le beat à toutes les sauces.

Les gars peuvent compter sur Rayan pour faire tourner la baraque et les aider à gérer les tâches communes et les agendas. La dernière arrivée dans ce monde de drôles de bonshommes n’est autre que Blu Samu, qui apparaît tout récemment dans le dernier clip de Piano Club.

Leur deuxième album s’appelle Bawlers. Ce néologisme maison renferme de multiples concepts déjantés et apparemment chacun des membres du crew semble en avoir sa propre définition. Pour faire court, on peut dire que le Bawler, c’est cet individu qui veut se faire plaisir sans aucune limite et qui assume totalement son délire. Cet état d’esprit se retrouve tout au long des 9 titres et des 3 interludes qui nous embarquent dans un very good trip.

Dès l’ouverture de l’album, on respire une grosse bouffé d’énergie qui impose une dimension très scénique dans la manière dont sont conçus les titres. Galanterie oblige, Lady Bawler nous accueille avec ses manières du Mid West dignes de l’époque des Saint Louis Lunatics.

Le 77 combine ses influences rappées et chantées sans complexes avec des chœurs hypnotiques rehaussés d’accélérations de flow qui nous ramènent à des sonorités qui ressuscitent le style à la Das Efx ou Bone Thugs and Harmony. On a affaire à de vrais passionnés qui se font plaisir avec ce qui les fait kiffer.

On est loin des trop habituels clichés trap français où s’enferment bon nombre de productions actuelles. Je vous recommande grandement le clip de ce titre. Je ne vous en dis pas plus au risque de spoiler le délire créatif complètement barré à l’image de ce groupe.

Les deux titres suivants sont imprégnés de l’esprit de famille qui caractérises le crew basé à Laeken. Perla installe une ambiance smooth où se révèlent les liens qui unissent au quotidien tous ces cohabitants. Une solidarité solide parfois confrontée à la tragédie d’un fait divers à l’issue douloureuse. Les Bawlerangers se serrent les coudes. Ils nous offrent une belle occasion de célébrer la diversité qui caractérise la Belgique en fusionnant avec leur collègue Zwangere Guy dont le parcours est déjà bien reconnu dans le Nord du pays et la touche anglophone de Blu Samu.

Le 77 paye le loyer, faut se débrouiller pour acheter à manger. Même si il faut taffer la semaine dans trois restaurants, les gaillards ne sont pas découragés. Ipop possède une double direction thématique. Les premiers couplets posent un regard sur la vie courante des musiciens qui oscillent entre petits boulots alimentaires et vie artistique. Un virage plus politique s’amorce ensuite. Même s’ils revendiquent s’en battre les couilles totalement, il est assez rare pour le souligner qu’entendre un point de vue sur le système hypocrite des politiciens, ça fait du bien. Les avis sont tranchés, mais reflètent fidèlement l’opinion générale de la jeunesse sur ce problème. On ne leur demande pas non plus d’être militants. Mention spéciale pour le name dropping d’un tas de politicards qui sont loin d’être des Bawlers.

Cet album nous emmène dans un voyage musical. On se retrouve à Compton sapé avec des vestes Helly Hansen, à protéger le Hood au volant d’une Chevrolet. L’originalité du sujet, c’est le côté décalé, totalement assumé à l’instar des petits intermèdes, qui nous assurent que le quatuor ne se prend absolument pas pour un gang assoiffé de sang. Le point fort est assurément le style. Et question style, La sape met en lumière le goût du délire vestimentaire dans lequel ils baignent. Il y a de la recherche pour combiner ce qui va pouvoir repousser les limites du bon goût conventionnel. On retrouve à leurs côtés Roméo Elvis qui s’y connaît question bousculade de codes établis. Au fond, assumer sa personnalité, c’est ça qui constitue une puissante attitude. Et la puissance fait partie de la force de cet album. Les balles pleuvent dans les territoires des rivaux sur M10. Parce que le rap reste un exutoire avant tout, parce que parfois ça fait du bien d’imaginer des folies meurtrières façon GTA, oui, ça permet de faire descendre la pression. Et puis l’atmosphère musicale colle parfaitement avec le décor dépeint par Félé Flingue et Dr Peet.

Voilà un disque qui propose un regard frais sur la diversité et le potentiel créatif d’une musique trop longtemps prisonnière d’un sérieux lourd à porter. Cet album, c’est une sorte de piqure de rappel pour ceux qui ont oublié que le hip hop, c’est avant tout la liberté de pouvoir être qui on veut.

2018 commence donc fort pour le Bawler squad qui affiche déjà un agenda bien rempli pour cette année avec pas mal de dates en France et en Suisse. Preuve que le rap noir, jaune, rouge a définitivement bien le vent en poupe.

Bawlers‘  LaBrique/URBAN/PIAS

Toutes les dates sont disponibles sur les pages Facebook de Uni-T et du 77

 

 

Commentaires

commentaires