BAUDOUR : LA LIBERTÉ ET LA LIBRE PENSÉE 

Photographies © Juliette Reip
Interview > Vincent Abieri

 

 

 

 

 

Quatremille a rencontré Baudour, un musicien engagé qui nous raconte son projet artistique. Nous vous livrons l’interview d’Elena Diouf!

 

 

 

 

 

L’INTERVIEW

 

 

 

 

 

Quatremille : Quelle est ta punchline (credo / maxime) ?

Baudour : « Il ne faut pas espérer pour entreprendre, ni réussir pour persévérer ». Cette phrase est similaire à un rappel dans les périodes de doutes qu’il m’arrive de traverser.

 

Quatremille : Comment définirais-tu ton projet artistique (influences / activité / objectifs) ?

Baudour : Je ne me revendique pas comme étant l’héritier d’une influence quelconque. Je pense que mon projet artistique est à l’image d’un ensemble, d’un vécu, comme ce qui nous définit tout un chacun. J’entends quelque chose qui me plaît et selon l’interprétation que j’en fais, il devient. C’est peut-être en ce sens que se traduit l’originalité de mon parcours. Par l’amour de tout ce qui n’est pas conventionnel ou dicté par un cadre justifiant la reconnaissance de l’appartenance comme étant celle d’un besoin. La liberté et la libre pensée ! Le manque qu’elles procurent n’est-il pas un des grands maux de notre société ? Celui de devoir s’identifier à telle ou telle chose pour justifier le sens de sa propre existence. Le mien, personnellement, se traduit par la musique et l’ouverture sur le monde qu’elle m’offre, au travers des réflexions qu’elle me suggère de partager. Bien que je ne sois pas très connecté à l’évolution technologique et aux réseaux sociaux (c’est mon gros point faible), je le suis toujours à mon projet. De l’écriture à la composition, de la projection visuelle d’une idée à la réalisation de son clip, des démarches à effectuer pour tenter de me faire connaitre un peu, aux jobs pas toujours gratifiants que je dois faire pour pouvoir me nourrir et couvrir les frais qu’engendrent mes ambitions, il n’y a pas un moment qui ne soit pas consacré à Baudour. Sans parler du fait qu’étant autodidacte et ayant commencé la musique à 18 ans seulement, j’ai beaucoup de choses à apprendre. Mon projet artistique est aussi à l’image d’un équilibre à atteindre et d’une recherche perpétuelle liée à mon évolution personnelle. C’est une dimension plus « spirituelle » que j’évoque au travers certaines de mes chansons. Je souhaiterais vraiment rassembler les gens autour d’une cause. Je n’ai cependant pas la prétention de pouvoir la définir. Vous me demandez quels sont mes objectifs, je vous réponds par un de mes refrains : « Il suffit de ne pas accepter, pour faire de la résistance, la chance de se rassembler, pour un peu plus d’espérance ! ».

 

Quatremille : Tes productions peuvent être pop, rock ou encore folk. Comment expliques-tu ces différentes voies ? Chaque style répond-t-il à l’expression d’émotions ou de messages différents ?

Baudour : Je dirais d’émotions car je pense qu’un message, pour toucher l’autre, doit nous animer, et donc provoquer quelque chose en nous. Je pense qu’intuitivement c’est comme cela que les choses se créent autour de moi. Je compose selon ce que je ressens, ce qui m’anime et me fait me sentir en vie sur le moment. Par exemple, ma chanson « Se Consumer D’Amour », se veut très intimiste et émotionnellement très forte. Elle évoque quelque chose qui ne disparaîtra jamais et qui fera partie de moi tant que mon cœur continuera de battre. Ma chanson « On Attend » évoque ma crainte de voir un nouveau conflit armé animer l’Europe dans des temps proches. Le côté folk et répétitif de cette chanson exprime l’inlassable répétition de l’histoire, non éternelle selon moi, à la vue d’un monde au bord de l’implosion sociale et écologique. Mais il exprime aussi la ronde de l’insouciance dans laquelle nous sommes en train de danser. Un autre exemple est celui du morceau « Politics Love Family » qui est une véritable ode satyrique adressée à nos élites, mais aussi à son peuple. Ce morceau est le concept du « foutage de gueule » par excellence, depuis l’enregistrement jusqu’à la réalisation du clip tourné en trente minutes. À l’image d’un sentiment de gâchis, de négligence et de maladresse que l’actualité politique nous rapporte. Une valse de clowns pour la plupart, à celui qui divertira au mieux l’assemblée et à celui qui ira le mieux voter, même si certains défendent encore leurs idées avec conviction et intégrité. Une fois de plus, la musique ne fut dans ce cas que le reflet d’un ressenti en lien avec le message exprimé. Je ne veux pas être identifié ou casé dans un style bien défini. À l’image de qui je suis, je reste très libre ! Et puis, pourquoi devoir se limiter ? À l’image de ma propre vie cette fois, la musique est pour moi une exploration heureuse de l’inconnu dont je ne garde que ce qui me semble être le meilleur. Rien ne se veut jamais vraiment figé !

 

Quatremille : Dans cette société mondialisée, beaucoup d’artistes chantent plus facilement en anglais. Pour quelles raisons avoir choisi la langue française?

Baudour : Je suis contre cette mondialisation, irrespectueuse de la nature et des hommes. Ce n’est donc pas l’intérêt commercial ni l’apologie de la surconsommation qui oriente mes choix. En fait, mon but est de chanter en faisant prendre conscience aux gens que nos acquis sociétaux et démocratiques sont en voie de perdition. Volonté, en tant que jeune, de vivre libre ! Volonté de résister donc. Mes textes incitent au rassemblement, à la fraternité mais aussi à une meilleure perspective de la condition humaine, de plus en plus restreinte à l’heure actuelle. Je m’inspire également de mon vécu personnel, pour redonner à l’auditeur la possibilité de choisir la vie qu’il veut vraiment vivre. Je pense que nos capacités à atteindre ce que nous souhaitons sont illimitées et qu’il faut rendre aux hommes ce qui leur appartient : la possibilité d’aimer, de pardonner et de croire. Tels sont les clés de bien des ouvertures, selon moi. Dès lors, se faire comprendre en français serait déjà pas mal ! Après, on peut faire des sous-titres, si besoin. Il y a aussi un amour des choses bien écrites et un amour de la littérature qui influencent mes choix, ce serait mentir si j’oubliais de vous en parler. Mon premier rapport à la sphère artistique est d’abord passé par l’écriture. Depuis que j’ai 12 ans, je griffonne sans arrêt des phrases et poèmes dans de petits carnets. Je voulais devenir écrivain et recevoir un prix Goncourt… Je deviendrai peut-être disque d’or, ou les deux !

 

Quatremille : La musique semble être un moyen d’expression de ton regard critique sur l’état des choses. Représente-t-elle l’espoir de faire passer un message ou un simple exutoire ?

Baudour : Je le confirme : elle est ce moyen d’expression. Elle n’est par contre en rien un exutoire. Elle est le parfait reflet de ce que je vis ou veux vivre dans le présent et l’avenir. Je vois ma musique comme étant métaphoriquement semblable à un brasero dans lequel chacun vient librement déposer sa torche. Plus que de faire passer un message, l’espoir que vous évoquez dans votre question se traduit chez moi par la volonté d’allumer un feu !

 

Quatremille : Y a-t-il une chanson dont le message t’a particulièrement touché?

Baudour : Pour ce qui est du message, non. Enormément de chansons, donc de textes aussi, véhiculent des choses qui m’ont profondément touchées ou émerveillées. Comme, par exemple, « je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai » de Cabrel. Je l’écoutais du haut de mes dix ans, alors qu’un cancer mettait ma mère en terre. Dans un tout autre registre, la chanson « Libérez Lacrim » interprétée par Kery James, et qui raconte les espoirs avec lesquels se détruisent beaucoup de jeunes issus d’une classe sociale défavorisée, à laquelle j’appartiens. Ce message m’a percuté car il témoigne d’illusions après lesquelles beaucoup d’entre nous courent tout en rejetant un système qui les encense. J’avoue en avoir oublié beaucoup, par soif de découvertes sans doute. Ma mémoire s’attache plus à l’émotion que me procure la musique d’une chanson. C’est une sensibilité qui ne demande aucune réflexion ! Spontanément, je dirai la version live de U2 et de Pavarotti, « Miss Sarajevo », que mon papa m’avait envoyé depuis le Kosovo lorsqu’il y était en tant que para commando. « Gimme Shelter », des Rolling Stones. Elle évoque systématiquement chez moi le film dans lequel je l’ai découverte lorsque j’avais 9 ou 10 ans. Ce film, À chacun sa guerre, narre les aventures d’une famille qui se déchire suite au retour d’un militaire qui revient chez lui après la guerre du Vietnam. C’est un peu mon histoire !

Je pense qu’une chanson nous touche au point de nous rappeler systématiquement le moment précis où on l’écoutait lorsque l’émotion qu’elle véhicule vient percuter celle que nous sommes alors en train de vivre. C’est comme une symbiose qui devient alors ce à quoi on se raccroche, comme la façade d’un dernier souvenir cachant plein d’images. Pour ce qui me concerne en tout cas.

 

Quatremille : Quelles sont tes actualités à venir ?

Baudour : J’ai été sélectionné pour un tremplin aux Deux Ours ce vendredi 28 avril afin de pouvoir participer aux Francoff cet été. Je m’y présenterai seul sur scène, avec ma guitare acoustique et mes textes. Je n’ai pas encore de concerts officiels de programmés, car je m’essaie avec différents musiciens pour trouver la formule live qui correspondrait le mieux à la façon dont je veux voir ma musique interprétée en groupe. Étant donné que je suis auteur-compositeur et interprète, cela me demande énormément de temps, d’essais et de réflexion. Lorsque je joue seul, j’ai plutôt tendance à ne pas prêter attention à la précision de ma guitare car je me concentre plutôt sur ce que je raconte et cherche à donner aux gens avec ma voix. A contrario, je suis très perfectionniste et minutieux une fois que d’autres me font l’honneur – car c’est vraiment de ça qu’il s’agit – de jouer ma musique. Je tiens vraiment à ce qu’elle soit belle. Mais nous n’avons pas tous la même perception de la beauté, ce qui reste néanmoins très enrichissant. Je fais plutôt des apparitions pour l’instant, non planifiées et très spontanées. Mais si quelqu’un lisant ces mots souhaite me voir jouer, qu’il n’hésite pas à prendre contact avec moi !

Dans les actualités de Baudour se déclament aussi quelques concerts à l’étranger pour les mois à venir. Je voudrais que ma musique voyage autant qu’elle me fera voyager. Actuellement, pour la sortie d’un prochain clip, je réalise un court-métrage avec mon ami Pierre Rémy-Pacquay, jeune cinéaste liégeois plein de talent.

 

 

Un peu de musique pour se mettre dans l’ambiance!

 

 

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