ATOMIC SPLIFF: L’AMOUR DU SON ÇA NE S’EXPLIQUE PAS

Photographies © Denis Ledent
Interview > Nader Mansour
Rédaction > Thomas Renauld et Eugénie Baharloo

 

 

 

Quatremille a rencontré Atomic Spliff! Le groupe, allant d’un style reggae très roots à un style plus Raggamuffin, incarne la nouvelle génération reggae. Daddy Cookiz et Stoneman ont répondu à nos questions et nous dévoilent leur univers!

 

 

 

Quatremille : « Quelle est votre punchline? »

Atomic Spliff (Daddy) : « La dernière meilleure punchline que j’ai entendue, c’est un rappeur qui m’a dit : ”Bois de la bière et ta grand-mère en sera fière”. Si ça peut vous aider… (rires) »

 

Quatremille : « Pourquoi le groupe s’appelle Atomic Spliff? »

Atomic Spliff (Daddy) : « C’est vieux ! le groupe comme il existe maintenant a déjà cinq ou six ans et le nom existe depuis une quinzaine d’années.

Stoneman: Avant 2000 on avait une émission radio hip hop et puis c’est parti en embrouille donc ça s’est arreté. Un des Dj’s a proposé de relancer l’émission avec lui, mais sous un autre nom. Donc on a choisi Atomic Spliff. Ça nous faisait rire! C’était aussi l’époque où j’écoutais en boucle “Light Up Your Spliff” des Bush Chemists et puis évidemment, la centrale atomique de Tihange, la fumée, les nuages… Bref, ça nous représentait bien. On était déjà des gros Ganjamen dans la pression du système. L’émission Atomic Spliff, c’était le dimanche soir. Ça a duré quelques mois et puis on s’est fait virer… »

 

Quatremille : « C’était quelle radio? »

Atomic Spliff (Stoneman) : « Heu… je sais même plus! (rire), c’était une radio d’Andenne ça je sais, c’est là d’où je viens. »

 

Quatremille : « Comment un gars de Liège et un mec d’Andenne arrivent à s’exprimer sur de la Rub-a-Dub style, qu’est-ce qui vous a attiré dans ce genre si loin de vous ? »

Atomic Spliff : « C’est loin mais en même temps c’est proche. Moi, personnellement, je me suis cherché : le rock, la techno, la drum & bass, Ninja Tune et le trip-hop, puis un jour j’ai entendu du reggae sur un vinyle et le son des basses… Là je me suis dit : ”Ok, c’est ça que je veux faire. C’est sur Liège que j’ai fini par découvrir mes premières soirées reggae et je ramenais mes potes de la campagne. Puis il y a eu moins de soirées, on a perdu la Soundstation alors avec Atomic Spliff on a un peu relancé à ce moment-là.

On a pas gagné un rond, notre objectif était vraiment de développer la culture reggae. On invitait des artistes jamaïcains, anglais, on faisait nos affiches nous-mêmes. Au final, une trentaine de soirées.

Après des années à ne pas se faire d’argent, certain ont quitté le navire mais je voulais continuer, alors j’ai demandé à Cook et il m’a dit qu’il était trop chaud. »

 

Quatremille : « Et il y a un vrai public reggae à Liège? »

Atomic Spliff : « Oui, on avait en moyenne 300 personnes. Ça dépendait des artistes qui venaient et puis on s’est rendu compte qu’ils venaient aussi pour nous. On avait déjà des compositions à l’époque, donc on s’est dit qu’il fallait qu’on sorte un peu du milieu underground de Liège  et c’est là que le groupe s’est vraiment créé. En 2014, on s’est plus concentré sur nos prod’. »

 

Quatremille : « Vous comptez réorganiser des soirées? »

Atomic Spliff : « Pour le moment on a plus vraiment de temps. On est pas mal sollicité avec le groupe, on bouge beaucoup. On a des concerts tous les weekends, alors qu’avant on se créait nos concerts. Oui, on a pas attendu qu’on nous appelle, ou on serait encore chez nous ! (rire) C’est ce qu’on appelle l’attitude Raggamuffin’ style, ça veut dire débrouillard. Faire les choses soi-même et ne pas attendre que les opportunités se créent. »

 

Quatremille : « Dans vos paroles, vous êtes fascinés par cette culture jamaïcaine, ça se voit aussi à votre look, il y a une démarche spirituelle? »

Atomic Spliff : « L’avantage de la culture Rasta, c’est que c’est méga ouvert! Chacun peut le faire à sa manière, chacun a sa place. »

Stoneman : Quand j’écoute des morceaux où le chanteur dit : “Jah m’a aidé”, ça peut paraître con, mais au final, aujourd’hui, je comprends ce qu’il veut dire. C’est être ouvert vers les autres, se trouver soi-même, ne pas avoir trop d’égo, être respectueux de la nature… Être conscient en fait. »

 

Quatremille : « Vous êtes des pacifistes? »

Atomic Spliff : « C’est ambigu parce que le mouvement reggae est né d’une révolte, donc c’est pas complètement pacifique. Quand tu écoutes les accords et l’ambiance du reggae, ça peut paraître cool, mais en réalité non. Si tu fais attention au reggae depuis sa création, et que tu traduis les paroles, c’est souvent engagé. C’est une musique de combat, mais pas avec la violence du poing  et des armes, mais plutôt combattre le système en étant en dehors. »

 

Quatremille : « Vous revendiquez une musique anti-système ? »

Atomic Spliff : « On ne croit pas trop à la politique, on se rend compte que le système oppresse toutes les couches de la société. Il suffit de regarder les gens autour de toi. Nous, on fait juste de la musique et on se fait taxer comme des porcs.  On mange de la bouffe de merde…

Quand tu es petit, on t’emmène à l’église, tu vois Jésus en sang. Tu demandes : “Pourquoi il souffre?”. On te répond que c’est parce qu’il a été trop gentil… Ben ouais… et après on te dit que si tu n’es pas gentil, tu iras en enfer! Tu as l’école qui t’apprend la compétition, qui te pousse à devenir un robot. C’est d’ailleurs pour ça que notre prochain album s’appelle “Robot Muffin”.

Personne ne le sait , c’est une exclu pour le Quatremille! (rires)

Nous on voit le monde comme quelque chose d’artificiel, en tout cas comme il nous est imposé. Dans la consommation, la manière de vivre et on est tous dedans, moi y compris. »

 

Quatremille : « C’est parce que dans un robot il n’y a pas de sentiment? »

Atomic Spliff : « Oui mais aussi le fait qu’on est programmé pour faire des choses bien précises. Et nous, la musique nous permet de sortir de ce rôle prédéfini. Il y a un morceau où on l’exprime bien, que la musique c’est un reformatage, à l’inverse du système. »

 

Quatremille : « Quel est votre message essentiel? »

Atomic Spliff : « On est super militant mais on veut pas gaver les gens avec trop de messages négatifs. Le premier, c’est l’amour du son, c’est quelque chose qui ne s’explique pas.

C’est le coeur. Faire les choses avec son coeur. C’est un besoin primaire de s’exprimer.

Me concernant, je fais de la musique dès que je le peux. Je regarde pas la TV, il y a de la musique chez moi en permanence… »

 

Quatremille : « Tu écoutes un seul style de musique ou tu écoutes d’autres styles de musique ? »

Atomic Spliff : « Non, j’écoute du rub a dub, du dancehall, du reggae, du raggamuffin’… (rires) »

 

Quatremille : « Quelle est la scène reggae en Belgique ? Qui sont les groupes actuels ? »

Atomic Spliff : « Il y en a peu. Il y a Original Human, qui date, qui fait partie des meubles… C’est un peu le seul artiste reconnu, qui s’est exporté, en France notamment. Sinon, il y a beaucoup de soundsystems, mais sortir du côté underground, c’est dur. »

 

Quatremille : « Et en France ? »

Atomic Spliff : « En France c’est énorme. Il y a une nouvelle scène montante. Il y a Biggaranx, un jeune Français qui chante en Jamaïcain. Sinon avant il y avait Raggasonic, mais aujourd’hui on est loin de cette époque. Nous on a les mêmes influences que Raggasonic. C’est-à-dire que la plupart des groupes sont influencés par les groupes de reggae qui existaient avant 1980, avant que ça ne devienne digital. Nous, comme Raggasonic, on est influencé par tout ce reggae qui a émergé à partir de 1980. Comme eux, on a été influencés par ces dj’s rub-a-dub des années ’80 et ’90, plus que par les artistes reggae actuels ou que par les anciens comme Marley et compagnie. On se réclame un peu de cette époque où le reggae est devenu digital et s’est démocratisé. Avec l’arrivée des claviers etc., plein de mecs ont pu se lancer, produire du son et des riddims. Ils pouvaient alors les jouer en soundsystem, devant tous les mecs du quartier. »

 

Quatremille : « Qu’a représenté Liège dans votre parcours ? »

Atomic Spliff : « ça a été un boost. C’est ici qu’on a commencé…

Moi, j’ai testé toutes les villes de Belgique, Liège c’est la meilleure ville au point de vue de l’ambiance, de la chaleur, de la fête… Namur c’est trop snob, Bruxelles c’est la capitale, un peu comme quand tu vas à Paris en France. Il y a beaucoup de soirées un peu underground ici, à Liège.

Après je pense qu’il y a un état d’esprit très wallon ou très belge. Un esprit plein d’autodérision, c’est cool ; mais en même temps, on a l’habitude de se déprécier beaucoup et on sous-estime sa propre identité. Mais nous, on s’est rendus compte que notre langage, la manière dont on s’exprime, la manière dont on aborde les thèmes sont différents de ce qui se fait ailleurs et c’est un peu ce qui fait notre spécificité. C’est pour ça, en partie, que les gens s’intéressent à nous. On a appelé ça le mouvement Belg’amaïcain. C’est notre spécificité, c’est lié à d’où on vient, sans que ce soit calculé.

En France, c’est un plus gros business, il y a une espèce de compétition et nous on a pas envie de rentrer là-dedans. Le fait qu’il y ait pas ce gros business à Liège nous permet de rester authentiques. »

 

Quatremille : « Mais il faut quand même manger à un moment, non ? »

Atomic Spliff : « On peut aussi se créer un public. Nous on a essayé de créer un public, on a créé un band ; on a joué à Dour notamment. Mais il faut d’abord percer chez toi : c’est la reconnaissance qu’on a eue à Liège qui nous a permis de nous exporter. Aujourd’hui on joue avec Raggasonic, avec DJ Vadim. C’est grâce à Liège. Tu nous aurais dit ça il y a deux ans, on t’aurait dit : « Ouais c’est ça… » »

 

Quatremille : « Quelle est votre actualité à venir ? »

Atomic Spliff : « L’album sort le 10 mars. Il y aura une release party au Reflektor. L’album s’appellera “Robot Muffin”. C’est une exclu Quatremille (rires) »

 

Quatremille : « Merci à vous ! »

Atomic Spliff : « Longue vie à Quatremille ! Love & Bless ! »

 

 

Quelques photos pour se replonger dans l’ambiance:

 

    

    

 

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