ANTOINE DAWANS, TROMPETTISTE EN PLEIN ECLECTISME!

Rédaction : Cécile Botton / Photos : crédits divers

Une fois n’est pas coutume, Quatremille a pris le temps de rencontrer un artiste à travers la multiplicité de ses projets. À ce sujet, le trompettiste Antoine Dawans ne nous a pas déçus. Quelque soit la formation où vous le croiserez, sa musique vous emmènera chaque fois dans un voyage aussi émouvant que différent. Partons à la rencontre de ce passionné hors norme !

© Jerôme Grégoire

[Retrouvez notre vidéo consacrée au groupe The Brums !]

Lunettes sur le bout du nez et trompette à la bouche, Antoine aurait presque l’air sérieux ! Et pourtant… « Sur scène, on a plutôt l’habitude de voir mon côté animateur un peu fou-fou ! » rit-il. Il y a un peu plus d’un an, nous l’avions rencontré au Centre Culturel de Chênée. Ce soir-là, pas moins de deux scènes ! Une première avec Green Moon et une seconde avec Sébastien Hogge Quartet. Passer d’un groupe à l’autre durant une même soirée est monnaie courante pour cet hyperactif de la musique. 

Habitués des scènes liégeoises, vous l’aurez très certainement croisé avec l’une des formations suivantes : Dakota, The Brums, Ekko Trio, Green Moon Tribe, Sébastien Hogge Quartet, du Bravo Big Band ou encore dans Super Ska. 

© Olivier Laval
Par ailleurs, ce mercredi 4 mars, Super Ska sera sur la scène du Marni à Bruxelles à l’occasion de la release de l’album concept « Super Nova », l’aboutissement d’une année de travail. D’emblée, ce trompettiste hors pair nous lâche : « C’est un album important car j’ai assumé la direction artistique sur toutes les étapes de la production… Un sacré défi que d’accompagner la réalisation d’un album collectif et collaboratif ! »D’ailleurs, savoir écouter la dimension collective et chercher l’unité tout en mettant en valeur chaque artiste est un exercice passionnant demandant un investissement total et une remise en question perpétuelle. Le travail d’équipe est fondamental dans le milieu artistique. Au total, pas moins de30 personnes – musiciens, auteurs, ingénieurs du son, vidéastes, graphistes, stylistes, attaché de presse et agents…- ont pris part à ce projet où le super héros de Super Ska s’envole dans la galaxie entouré d’une dizaine de chanteurs belges tels que Konoba, Sacha Toorop, Muriel D’ailleurs, Les R’tardataires, Greg Houben ou encore Marie Gustin et Shana Mpunga. Mais d’où nous vient cette passion ?

Ⓒ Jerôme Grégoire

Un p’tit brin d’histoire…

Chez Antoine, il y avait toujours de la musique. Il faut dire qu’avec un père musicien, il ne pouvait y échapper. Vers l’âge de 7 ans, sans doute pour faire comme papa, il choisit d’étudier la trompette. « Ce que j’aime dans cet instrument, c’est qu’il est proche de la voix humaine et plus précisément de la voix soprano, une voix qui me parle car elle a quelque chose de céleste », lâche Antoine. « Très souvent, si je ne trouve pas de solution avec mon instrument, je repasse par la voix, parce que je joue mieux lorsque je suis proche du chant, de ce que j’ai dans les tripes… » Inscrit à l’académie de Malmedy, il apprend la trompette, le piano, le solfège ainsi que l’histoire de la musique. Il a la chance de rencontrer de chouettes professeurs qui lui transmettent leur passion. « J’étais fort impliqué… et donc j’ai accumulé un bagage qui m’a rendu de plus en plus habile… ça me passionnait, alors j’ai continué dans le supérieur sans trop réfléchir. » Il s’inscrit à l’IMEP de Namur où il sera porté par ses deux professeurs de trompette, Antoine Acquisto et Philippe Ranallo. Après ce master, il poursuit avec deux années de composition au conservatoire de Bruxelles. En parallèle, les projets se succèdent à un rythme d’enfer !

© Thomas Humpers

Premiers projets

Après deux ou trois années de pratique, Antoine rejoint l’harmonie de Trois-Ponts. « C’est important les sociétés de village, il faut leur rendre hommage parce que ce sont des endroits où les jeunes peuvent créer des liens intergénérationnels, explique l’artiste.  « C’est aussi l’harmonie qui m’a permis d’acheter mon premier instrument professionnel. Je leur ai remboursé en quelques années avec mes jobs d’étudiants… Et puis la pratique de groupe, ça te porte et c’est très amusant ! » Sans oublier le cours de musique de chambre de l’Académie, porté par André Giet, avec lequel il crée l’ensemble de cuivres Abracadabrass. « On était plusieurs jeunes motivés et, on jouait de petits concerts en dehors de l’académie, je devais avoir 15 ans ». À la même époque, son père l’emmène dans le big band de jazz d’Eupen dirigé par Luc Marly. « C’est un peu là que j’ai fait mon école de musique américaine, de jeu en section, de swing, de funk, … Et aussi mes premières improvisations… Une très belle expérience ! » 

Premières créations

Au Conservatoire, avec un groupe d’amis, il crée Da Sigma, un quintet de cuivres leur permettant d’expérimenter leurs premiers arrangements, de poser des choix artistiques alliant musique classique, baroque et même balkanique, au cours de différents concerts à thème. Durant cette période, Antoine travaille aussi sur un projet avec Sandra Liradelfo, une chanteuse de la région liégeoise. « Là, j’ai commencé à affiner les arrangements et j’ai découvert le plaisir de l’écriture… je jouais du piano, de la trompette et de petites percussions. »

© Simon Verjus – The Brums

Pédagogue dans l’âme

Notre artiste est arrivé aux Jeunesses Musicales avec le groupe The Brums qui présentait aux élèves un spectacle acoustique sur New-York, ses différentes communautés et courants artistiques. « J’adore la spontanéité des enfants, je suis également prof de trompette deux jours par semaine car j’ai besoin de transmettre à mon tour… » Répondant à la demande des écoles primaires, il monte avec Super Ska, « La Leçon de Danse » un spectacle exploitant le rapport au corps à travers la danse. « La musique dans les écoles, c’est tellement important ! Souvent, je vais chercher les enfants à qui le système éducatif pourrait faire croire qu’ils sont des cancres », lâche Antoine.  « C’est amusant de voir la réaction des profs qui souvent sont émerveillés et parfois un peu surpris… Ça bouscule leurs représentations car le spectacle est inclusif, interactif et valorise vraiment la spontanéité des enfants. » On en profite au passage pour louer tout le travail réalisé par les Jeunesses Musicales qui militent pour plus de musique à l’école. « Les retours des enfants sont stupéfiants. La musique leur fait un bien fou… ils ont des étoiles plein les yeux, ils peuvent libérer leur créativité qui est bien souvent réprimée dans l’enseignement traditionnel ! »

Et les projets se multiplient

« En art, je crois que ce ne sont pas les étiquettes qui importent mais plutôt la part personnelle qu’on y dépose. Et, pour pouvoir vivre de la musique aujourd’hui, il faut avoir l’envie de se renouveler. Cette espèce de « mono-culture commerciale » ne m’intéresse pas spécialement, je suis certainement trop hyper-actif que pour n’avoir qu’un seul projet, qu’une seule facette à montrer… Je crois que ce qui me caractérise le plus pour le moment, c’est ce côté multiple. J’aime pouvoir être un artiste caméléon car pour moi le monde est multiple… » 

Ⓒ Thomas Humpers – Sébastien Hogge Quartet

Parmi cette diversité de projets, on notera :  

© Trui Amerlinck – Bravo Big Band
Bravo Big Band, un projet en résidence à Gand, qui lui tient à cœur artistiquement et humainement. En effet, culturellement, la Belgique n’est malheureusement pas un pays.« Je constate que l’institutionnel éloigne et divise. Alors, ce projet me permet d’être en contact avec des musiciens flamands et de suivre ce qui se fait au nord du pays… C’est important pour moi. » Outre des projets instrumentaux plus ancrés dans le jazz, une manière pour le groupe de rester actuel est de se mettre au service d’artistes d’autres horizons. « Par exemple, lors du dernier festival de Dour, on a travaillé pour Juicy. Nous les avons accompagnées sur scène pour leur carte blanche. C’était dingue. Leur duo hip-hop porté par l’énergie de 15 instruments à vent. » explique Antoine.
© Jerôme Grégoire – Sébastien Hogge Quartet
Pour le dernier opus de Sébastien Hogge Quartet, Grandma’z Downtown, il a pris une grande part dans la direction artistique du projet, prenant la place d’arrangeur dans un binôme très constructif avec le leader Sébastien Hogge.
© Giuseppe Cordaro – Green Moon
Il a également rejoint le trio de Green Moon qui s’est peu à peu transformé en sextet  et qui sort un nouveau disque cette année sous le nom Green Moon Tribe. « Un très beau projet musical et humain, qui j’espère va trouver des lieux de diffusion, car l’air de rien, les programmations n’aiment pas toujours quand les étiquettes sont un peu floues. Or, les créations actuelles sont très souvent des mélanges inédits et je trouve que c’est justement ça qui est intéressant… »
© Benjamin Struelens – Ekko Trio
En lien direct avec Green Moon, il y a Ekko Trio créé par le mandoliniste Lorcan Fahy, avec le gantois Pablo Golder, à l’accordéon diatonique. Ensemble, ils ont bénéficié cet automne d’une tournée Asspropro. Douze dates, aux quatre coins de la Wallonie, qui leur ont permis de développer une belle connivence et un lien fort avec le public. Dans la foulée, un album est né ! À l’heure de la dématérialisation des supports audio, ils ont choisi de le sortir sous la forme assez originale d’un Flip-book, un petit livre considéré comme l’ancêtre du dessin animé. « Ce support donne un côté ludique et espiègle à l’album, ce qui reflète bien l’esprit humain et spontané de notre groupeEn tant qu’artiste, on se doit d’être honnête et d’essayer d’être en art comme on est dans la vie ! Alors notre musique est joyeuse et pétillante…» 


© Toni Hilgersson – Dakota
Enfin, un dernier arrêt sur image avec Dakota, un projet pour le moins original. « Tout a débuté avec Jimmy Bonesso, pianiste et accordéoniste avec qui j’improvise de la musique dans les églises. J’ai toujours aimé le côté plus atmosphérique des églises pour pouvoir jouer avec la réverbération du son et proposer une musique minimaliste, beaucoup moins expansive… un état plus poétique et introspectif qui cherche à faire changer la perception du temps chez les auditeurs et livre une part plus intime de ma personnalité. » De ce projet, nait un double disque sur internet mettant en lien leur musique et des gravures du hutois Anastasio Marquez. 
Mais la phase la plus palpitante de ce projet porte sur un concept novateur… un film-concert développé en étroite collaboration avec le réalisateur Toni Hilgersson et le collectif Gomazio. « Comme la musique est improvisée, il faut avoir une très bonne lecture émotionnelle du film, connaître les dialogues, et savoir laisser des silences aux bons moments… Mais ce qui est vraiment original, c’est qu’on a voulu aller plus loin que le genre du film-concert… en décidant de monter certaines séquences du film en direct grâce à des procédés de vidjaying ! C’est un réel défi technique qui a demandé tout un travail de recherche préparatoire à la résidence que nous venons de terminer. »
Il s’agit donc d’un véritable dialogue entre le montage des images et l’improvisation musicale. « Si certaines séquences du film présentant les nœuds narratifs sont très précises, celles d’ordre poétique ont été tournées avec des plans plus longs afin d’avoir une plus grande liberté dans le montage. Parfois la musique prend le dessus et les vidéastes expérimentent alors des superpositions et des collages qui marquent très fort l’esthétique du film… Tous ces moments plongés dans les rêves de l’enfant nous offrent des images poétiques parfois très fortes. C’est un voyage chargé en émotions, car il raconte la mort d’un grand-père à travers les yeux d’un enfant. » 
Pour suivre la narration, la musique se déplace aussi dans l’espace, autour des gens noyés dans la pénombre et absorbés dans le film. « Une expérience assez forte créant des sensations très prenantes ! ».

© Simon Verjus – The Brums

Si comme moi, vous avez l’eau à la bouche, il faudra attendre la diffusion du spectacle Dakota. Mais bon, comme dit Antoine, après toute création, il y a toujours un moment de repos !

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