ALEXANDRE LESAGE TRIO ET DOCK IN ABSOLUTE : DEUX TRIOS AUX UNIVERS DIAMÉTRALEMENT OPPOSÉS

Chronique & interview : Cécile Botton / Photos : Sébastien Schwanen 

Ce vendredi 5 octobre, au détour d’une tournée mondiale, Dock In Absolute s’est produit à l’An Vert. En première partie, Alexandre Lesage Trio, soutenu par Ça Balance, termine ainsi une semaine de résidence. Quatremille vous livre confidences et impressions d’une soirée riche en voyages et émotions.

© Sébastien Schwanen

Juste avant le concert, Alexandre Lesage a pris un peu de temps pour expliquer son projet. « Je lui ai donné mon nom parce c’est moi qui écris tous les morceaux », explique-t-il, « et quelque part, en jazz, un groupe comme ça peut vite se démanteler… alors à court terme, c’est la meilleure solution. » Composer pour trois, c’est une évidence pour l’artiste qui subit les influences de musiciens tels que Bill Evans, Thelonius Monk, Chick Corea, Shai Maestro, McCoy Tyner, tous de célèbres trios !

© Jamil Bahri

La formation du groupe ? « En fait, c’est vraiment exceptionnel parce que je suis passé par des inconnus. » Tous trois se sont rencontrés au conservatoire de Maastricht et sont par ailleurs toujours étudiants. « Ça fait bientôt 2 ans qu’on joue ensemble et j’espère que ça va continuer ! »

© Sébastien Schwanen

Il est déjà l’heure de monter sur scène. Alexandre s’installe au piano, alors que Wolf Van Gemert originaire de Maastricht et le Luxembourgeois John Wolter, rejoignent contrebasse et batterie. Le concert démarre avec quelques morceaux de l’EP qui sortira le 17 novembre. « Nous avons rejoint Ça Balance cette année », explique le pianiste, « grâce à eux, nous avons enregistré nos huit premiers titres… ça fait  vraiment plaisir ! »

© Sébastien Schwanen

Néophyte dans cet univers, je découvre une musique introspective et un rien tortueuse. Si la complicité entre les musiciens est évidente, on la ressent nettement moins avec le public. Public, néanmoins, suspendu au son d’un piano dissociant mélodie et « ligne de basse » parfois dure et hachée, d’une contrebasse fluide et d’une batterie par moments oppressante. En tout cas, au terme de la résidence, le pari semble gagné, ils ont pu souder le groupe et développer une complicité ainsi qu’une certaine dynamique sur scène. « C’est une chance incroyable d’être une semaine dans un endroit comme l’An Vert », poursuit Alexandre, « nous avons eu des coachs comme André Klenes et Jamil Bahri qui nous ont aidés tant pour la présence scénique que les arrangements, ce qui donne un son plus propre et plus professionnel. »

© Sébastien Schwanen

Jamais à court d’inspiration, le compositeur dispose d’un pack de morceaux pour  solo ou trio qui ne demandent qu’à être joués. « En fait, j’écris de manière aléatoire, j’explore les méthodes d’écriture mais l’inspiration ne tarira jamais », explique Alexandre, « c’est juste l’aboutissement du projet qui me fait peur. » Durant la semaine, ils ont travaillé sur une suite qui s’appelle Fractal. « Il s’agit d’une seule mélodie », poursuit-il, « mais comme il y avait tellement d’idées, j’en ai fait 4 morceaux qui se suivent : mon futur projet. » Un trio qui risque de devenir quintet car l’envie d’ajouter une guitare et un saxophone semble fort présente.

© Sébastien Schwanen

Lors du rappel, les musiciens sont soulagés, ils ont réussi à conquérir le public. Résultat, ce dernier morceau nous offre une plus grande légèreté et surtout une libération d’émotions ! Cependant, à travers ses morceaux, Alexandre Lesage Trio nous pousse vers voyage au plus profond de nous-mêmes.

© Sébastien Schwanen

Après l’entracte, c’est vers un tout autre voyage que Dock In Absolute nous emmène. Le trio est composé de Jean-Philippe Koch au piano, David Kintziger à la basse et Michel Mootz à la batterie. Après seulement 3 années d’existence, le groupe possède une maturité musicale époustouflante. Il est vrai qu’à force d’arpenter les scènes du monde entier, la complicité sur scène et la connivence avec le public sont de mise. Par ailleurs, avec plus de 60 concerts à leur actif en 2017, les musiciens ont reçu le prix du « EXPORT ARTIST OF THE YEAR » par Luxembourg Music Export Office.  Une belle reconnaissance pour ces Belgo-Luxembourgeois !

© Sébastien Schwanen

Dès les premières notes, le trio nous embarque sur des chemins où harmonie rime avec fluidité. Envoûtée par une batterie tout en finesse, bercée par la ligne rythmique de la basse, emportée par le doigté survolant le clavier, nous ne pouvons que nous laisser aller à la rêverie provoquée par cet alliage de notes aussi légères que subtiles. Le tout saupoudré d’une belle touche d’humour pour le plus grand plaisir du public ! La sortie du deuxième album produit par Cam Jazz, un label italien, est prévue en mai prochain. Je me réjouis car je suis vraiment impatiente de découvrir ce que proposera ce groupe atypique où les genres musicaux se croisent et décroisent avec un naturel déconcertant.

© Sébastien Schwanen

Ce soir, la rencontre de deux univers diamétralement opposés nous a confirmé que la musique a pour habitude d’aller au-delà de toute barrière !

 

 

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