RAP GAME : AKRO, DE STARFLAM À TARMAC

Rédaction : Romain Dejardin / Patrick Ndibwalonji Badibanga // Photos © Kiran Wilmotte

Quatremille a rencontré Thomas Duprel alias Akro lors d’une séance de dédicaces dans la librairie liégeoise Livre Aux Trésors. De son rôle dans le légendaire groupe de rap Starflam à la direction artistique de Tarmac, retour sur un parcours hors normes à l’occasion de la sortie de Rap Game, son autobiographie.

Akro © Kiran Wilmotte - Quatremille
Akro © Kiran Wilmotte – Quatremille

« Liège m’a donné la chance que Bruxelles ne m’a pas donné au départ » 

Akro

Vivant à Bruxelles depuis son enfance, c’est bien à la maison de jeunesse du Thier-à-Liège que Akro a commencé à enregistrer pour la compilation Fidèles au Vinyle, invité par Seg’ et Sly Dee. « C’est grâce à eux que j’ai pu m’exprimer pour la première fois. Je suis quelqu’un de très loyal qui veut entretenir le côté humain, je suis donc resté fidèle aux Liégeois. Liège c’est ma deuxième ville, ma ville de coeur. C’est là qu’on a tout construit. » En 1995, Fidèles au Vinyle emmène Akro et son groupe les Malfrats linguistiques (composé de Baloji, Fred Alabass, Mig One, Seg’ et Sonar) au festival de Dour. Devenus Starflam (anagramme de malfrats), les compères répètent rue Sainte-Catherine chez Fred AlaBass, Mig One et Pavé. Starflam enregistre son premier album à Chênée, au studio Panoramix, en compagnie de l’ingé son Jean-Charles Cremers. De quoi placer Liège sur la carte mondiale du rap game, et d’inscrire leurs noms à jamais dans l’Histoire de la Cité ardente. Quoi de plus normal que de retrouver Akro dans une librairie liégeoise pour une séance de dédicaces…

« Tarmac se base sur une stratégie entièrement portée sur le digital. »

Akro

Depuis l’époque de Fidèles au vinyle, la société a bien évolué et est entrée dans une ère de quasi monopole des réseaux sociaux sur les autres moyens d’expression. Akro a su d’adapter à cette transition et même d’en faire une plus-value pour sa carrière en proposant un projet numérique à la RTBF : le futur Tarmac ! « Tarmac aurait pu arriver avant, si les gros médias comme la RTBF ou RTL avaient plus considéré notre culture. On aurait pu faire beaucoup plus de choses. Quand je suis arrivé, je me suis demandé si on s’y prenait beaucoup trop tard ou s’il restait des choses à faire pour les suivants… »

Tarmac s’adresse principalement à la jeunesse, adopte ses codes et lui permet de participer au choix des sujets abordés. Un exemple ? La rubrique « Le lundi des followers » de l’émission Izi News, pour laquelle le public est mis à contribution en proposant des sujets, celui qui revient le plus souvent étant présenté lors de l’émission. « Au début, je pensais que Tarmac allait surtout parler de musique et d’humour mais je me trompais, l’actualité intéresse beaucoup plus. Les sujets de société, les débats, les positions sur le genre, le cyber harcèlement, le climat sont très importants pour les jeunes. » nous rapporte le manager. Étant donné les statistiques très encourageantes, le média n’est pas près de s’arrêter, porté par une équipe dynamique et complémentaire mais aussi par un certain état d’esprit.

« Mouv’, Booska P, Skyrock sont des références installées depuis longtemps mais j’ai envie de m’y frotter et ça c’est positif. Je suis responsable d’un média qui a de très grosses ambitions niveau chiffres. Tarmac a 400 000 abonnés sur Youtube donc on se débrouille très bien. J’ai faim, j’inspire les équipes dans ce sens-là mais ça ne doit pas être que ça. Ce qui fait le résultat c’est l’authenticité. » nous indique un Akro dont la détermination en inspirera certainement plus d’un.e.

Ce qui est sûr c’est qu’il y a 20 ans, Akro ne s’attendait pas à se retrouver là où il est en ce moment. Qu’est ce qui peut prédestiner un jeune Bruxellois à fonder un groupe de rap avec des Liégeois avant d’entamer une carrière solo et diriger un média ? « À l’époque, c’était un hobby ! Je sors mon premier CD à 16 ans et je deviens vite Thomas le rappeur. De ce monde-là, tu ne peux pas imaginer un métier, tu ne peux pas imaginer que tu vas faire un album avec une maison de disques et que tu vas faire un clip vidéo, que tu peux être disque d’or et que tu vas te séparer de ton groupe. Et puis que tu vas peut-être te retrouver dans le monde des médias. » nous confie Akro.

Difficile de s’imaginer à la tête d’un média numérique alors que les réseaux sociaux n’existaient pas et qu’il fallait davantage compter sur les concerts et les ventes de CD’s chez le disquaire. Starflam a marqué son époque, une époque charnière entre la génération de Benny B et celle de Damso, une époque de grands changements pour l’industrie musicale à laquelle il a fallu s’adapter, au risque d’y perdre des plumes. En résultent des personnalités aux multiples facettes, guidées par la passion. Et Akro n’en a pas encore fini avec la musique : le rappeur est bel et bien de retour en studio aux côtés de Félé Flingue ! La sagesse et la fougue, deux versants très prometteurs. En attendant, RAP GAME : De Starflam à Tarmac. Du rap au management 100% digital est disponible aux éditions Lamiroy.


« Le rap c’était pas mieux avant, le rap c’est mieux tout le temps » Akro

Akro, anciennement membre du groupe de rap Starflam et aujourd’hui patron du média Tarmac, a laissé ses casquettes de rappeur et manager de côté afin de se lancer dans l’expérience de l’autobiographie de la manière la plus transparente possible.

« Je suis dans une analyse de vie. J’essaye d’être le plus près et le plus proche de moi même. Je parle de moi et donc je perds ce filtre de manager et de rappeur même si c’est la trame du livre… Il y a un besoin de perte de contrôle mais c’est pour l’introspection, pour savoir comment j’en suis arrivé là. Ce livre a aussi comme vocation d’expliquer à la jeune génération comment toute cette musique s’est faite à l’époque et qu’il y avait d’autres moyens pour exister. Puis il y a pas l’obligation du format d’un morceau ou d’un album qui est très synthétique, où il doit y avoir beaucoup de rimes etc.. dans un livre tu peux t’exprimer de manière plus débridée, plus spontanée. » nous confie l’auteur.

Le format de Rap Game a été réfléchi dans une optique d’accessibilité, il se veut aéré et accrocheur mêlant prose, photos et lyrics. « Les chapitres se veulent courts car je voulais un format qui se rapproche du magazine, que tu peux lire au coin d’une terrasse avec un café. Le livre doit pouvoir être mobile. Je voulais pas un livre compliqué, je le veux aussi accessible par ceux qui aiment le rap mais aussi par ceux qui ne nous connaissent pas et qui doivent facilement comprendre d’où on vient. »

De par son parcours, Thomas Duprel est muni d’un esprit didactique qui le pousse à expliquer et à transmettre ses connaissances, notamment aux plus jeunes. « Pour moi, un livre c’est aussi une transmission. J’ai envie d’embarquer des jeunes pour qu’ils puissent comprendre les références. » nous indique l’artiste. Le style simple et efficace d’Akro accentue l’impact du bouquin et allonge sa portée avec comme objectif la compréhension du plus grand nombre. Avis à celles et ceux qui veulent en savoir plus sur le personnage et son parcours, et aux autres qui s’intéressent plus largement au rap et à la sphère médiatique.


  • Akro © Kiran Wilmotte - Quatremille
  • Akro © Kiran Wilmotte - Quatremille
  • Livre aux Trésors © Kiran Wilmotte - Quatremille

Pour conclure, voici une petite sélection by Quatremille de morceaux d’Akro en groupe ou en solo !

Starflam – La Sonora (issu de l’album Survivants, 2ème album paru en 2001 vendu à plus de 60 000 exemplaires)

Un classique

Starflam – Amnésie Internationale (aussi issu de l’album Survivants) 

Un message universel

Starflam – Sous Pression (toujours issu de Survivants, décidément pas disque de platine pour rien) 

Pour son efficacité et ses couplets tranchants.

Starflam ft. Reggie – Ils Ne Savent Pas (issu de Donne Moi De L’Amour, 3ème et dernier opus du groupe sorti en 2003)

Car à force de l’entendre, on a fini par savoir

Akro ft. Rejane Magloire – Loterie (issu de L’Encre, La Sueur et Le Sang, 1er album solo d’Akro sorti en 2006)