AGAR AGAR : DESINVOLTURE BONBON ET SYNTHETISEURS EPICES

Chronique : Anaïse Lafontaine / Rédaction : Julie Hanique / Photographies : Marine Rigo

 

C’est lors d’un trajet en voiture que j’ai découvert Agar Agar et j’ai immédiatement adoré  l’originalité et le côté hypnotique de leur musique. J’ai d’ailleurs écouté le duo en boucle par la suite, de manière boulimique, durant des semaines. C’est donc avec impatience et excitation que je me suis rendue place Xavier-Neujean le 22 novembre pour voir le groupe au Reflektor.

Face à un public encore clairsemé, quoique plutôt réceptif, la jeune Charlotte propose une timide première partie avec un répertoire aux paroles un brin simplistes. Toutefois, lorsque j’ai écouté la chanteuse belge chez moi en regardant ses clips, son univers musical m’est apparu plus nuancé, plus assumé et profond que lors du live.

Après une petite demi-heure de pause, Agar Agar monte enfin sur scène. Le musicien et la chanteuse viennent se placer chacun derrière leur synthétiseur. L’ambiance a changé : il y a plus de monde, l’éclairage est tamisé, avec uniquement des spots rouges, oranges et bleus, qui dansent sur la musique. Dans une atmosphère à la fois intimiste et impersonnelle, le groupe commence à jouer comme s’il était chez lui, en ignorant un peu le public, sans que cela ne m’apparaisse irrévérencieux. Le rythme et les sonorités électroniques englobent toute la pièce. La voix suave et grave de la chanteuse est hypnotisante. Le rythme de la chanson « I Am That Guy » – qui est indéniablement mon coup de cœur – se répercute directement dans les tripes du public captivé ; les têtes bougent sur la mélodie, les hanches oscillent. Leur maîtrise des sons est impressionnante. Clara, la chanteuse, occupe de sa simple présence l’espace scénique. Concentré sur sa musique, Armand, échange quelques regards avec elle qui, tout en jouant du synthé, danse, gesticule et grimace, ne cesse d’expérimenter avec sa voix. Cette fille a tellement de charisme que ça pourrait en devenir indécent. Elle se met à nu avec une facilité insolente en faisant émerger tout le sens des paroles de sa voix sensuelle.

Je suis épatée par l’ensemble de leur live. Nous sommes propulsés dans une autre dimension aux sonorités 80’s, une synth-pop qui  propose un voyage dans un monde très imagé, à la fois sombre et coloré. Sans prétention, Agar Agar nous offre ses mélodies comme si nous participions en direct à leurs expérimentations musicales. J’ai beaucoup aimé sentir le fait que ces deux personnes faisaient de la musique principalement pour elles-mêmes, peut-être indifférentes, au final, à notre présence ou à notre nombre.

Même si les applaudissements étaient nourris, le public a malheureusement bavardé pendant tout le concert, à cause d’un certain manque de connivence, de moments un peu plus mous et d’un son parfois trop saturé. Enfin, sachant que les deux musiciens sont aussi artistes (ils viennent des beaux-arts), j’ai trouvé que ça manquait de visuels auxquels s’accrocher, ce qui aurait pu nous transporter encore plus dans leur univers. Le concert s’achève dans une sorte de transe expérimentale sur « Cuidado, Peligro, Eclipse », aux mélodies rappelant la science-fiction. Les deux stars de la soirée nous remercient, souriantes, et partent comme elles sont venues, dans la simplicité, sous les applaudissements et les cris.

 

QUELQUES IMAGES © MARINE RIGO