30 ANS DE CARRIÈRE, DE LA CITÉ ARDENTE À NIAMEY

Interview : Jonathan Gonzalez Valdes & Wini Sasa

1989-2019. 30 ans-30 shows, tel est le projet que s’est lancé Dj Sonar, actif dans le mouvement hip-hop depuis 1989. Bien connu de la scène belge et internationale, ce dj et producteur liégeois a prêté son talent à Starflam, Pablo Andres, Convok ou encore le groupe cubain Orishas. Mais a aussi contribué à l’avènement de divers projets comme Escalators. De la Cité ardente à Niamey en passant par Copacabana, Dj Sonar s’est confié à notre équipe et est revenu sur ces 30 ans qui ont marqué sa vie.

Quatremille : Comment as-tu débuté ta carrière ?

Dj Sonar : Un ami qui habitait près de chez moi avait une paire de platines qu’il m’a laissé essayer… j’ai directement accroché ! Pendant ces vacances d’été-là, j’ai travaillé un mois en tant qu’étudiant et je me suis acheté mes platines. C’était vers 1988-1989. Mais il fallait également acheter le reste du matériel : aiguilles, etc. J’ai encore travaillé pour pouvoir mettre de côté, et avec l’aide de mes parents j’ai pu acheter mon propre matos.

Quatremille : Comment t’es venue cette idée de 30 shows pour tes 30 ans de carrière ?

Dj Sonar : J’avais envie de faire ce projet pour montrer que si on ne nous aide pas dans la vie, il faut le faire soi-même. Je suis quelqu’un qui a toujours eu des projets ou des concepts plein la tête, je me suis dit pourquoi pas marquer le coup pour mes 30 ans de métier ! Pour mes 20 ans de carrière j’avais fait une expo au Cadran, avant sa construction, dans la salle de la rotonde. J’avais fait cinq énormes tableaux, mais les lieux étaient en travaux et après 2 jours d’exposition il y avait de la poussière partout. Nous avons malheureusement dû l’arrêter. Pour mes 30 ans, j’avais envie de refaire une expo : elle se passera le 8 septembre au Point Culture à l’Ilot St-Michel. Il y aura 6 cadres qui représenterons 6 étapes de ma vie de dj ainsi que des vidéos. C’est une occasion de commencer quelque chose de nouveau ! Mon envie pour ma fin de carrière, c’est de faire un concert gratuit au Niger, mais je ne saurais pas vous dire plus car c’est en discussion…

Quatremille : Pourquoi avoir choisi L’Hexaler pour 11 de vos représentations ? Quel lien il y a entre vous ?

Dj Sonar : L’Hexaler et moi on s’est choisi, autant lui que moi. C’est un des mecs les plus cool et les plus prolifiques que je connais. Actuellement il va sortir un album, et après on part en tournée. Il vient de Seraing et il représente le plus ce que j’aime dans le hip hop belge : une plume, une nonchalance… moi c’est ça que j’aime !

Quatremille: Peux-tu nous parler d’Escalators ?

Dj Sonar : C’est un projet que j’ai fait en 2011. Pendant 9 mois j’ai filmé 30 MC un peu partout en Belgique mais surtout à Liège. J’avais envie de savoir s’ils savaient encore rapper un couplet en entier. Aux US on appelle ça des studio gangster : des mecs qui ne sont forts qu’en studio mais qui ne savent pas rapper en vrai. J’ai créé ce concept parce que j’avais envie de renouer avec la street en Belgique. Voilà, c’est ça Escalators ! Par après je me suis dit que j’allais le faire ailleurs comme au Québec, à Madrid, Paris et New-York.

Quatremille : Quel est ton meilleur souvenir ?

Dj Sonar : En 30 ans de carrière j’ai vécu beaucoup de bon moments c’est donc difficile de n’en choisir que un, mais je vais faire un top 3 !

Mon premier souvenir c’est quand je suis allé au Niger l’an passé. J’ai mixé au Palais des congrès de Niamey. Mon meilleur ami m’a présenté juste avant que je mixe. Il est allé avant moi sur la scène, il y avait 2500 personnes, il a dit à tout le monde de se lever et tout le monde s’est levé ! J’hallucinais… Quand j’ai mixé, c’était la semaine où un étudiant s’était fait tuer par la police, tous les étudiants dans la salle avaient un ruban blanc à leur poignet. Je n’en n’avais pas, alors j’ai mis « Sound of da police » de KRS One et j’ai demandé aux gens de lever leur majeur. Il y avait des policiers qui regardaient mais je voulais montrer mon activisme.

Le deuxième c’était en tournée avec des Cubains. On a joué au Brésil sur la plage de Copacabana. A la fin il y a eu une jam avec des percussionnistes brésiliens et des danseuses. La soirée a durée toute la nuit, on a fait un bain de minuit qui était plutôt un bain de 5h du matin, c’était la folie ! 

Le troisième meilleur souvenir c’est à Huy, j’ai fêté mes 20 ans là-bas. C’était la première fois que j’organisais un événement, ça s’est bien passé sauf à la fin. Mes amis graffeurs avaient marqué tout l’endroit. Le lendemain, ma mère m’a réveillé en me montrant le gros titre du journal « Huy a été agressé par des graffeurs ». Sur le moment on a eu un coup de stress mais maintenant on en rigole !

Quatremille : Que penses-tu du hip-hop aujourd’hui ?

Dj Sonar : En Belgique, jusqu’il y a peu de temps, je disais que c’était le seul mouvement en Europe que je connaissais qui n’avait pas encore gagné d’argent. C’est maintenant chose faite et ça a bougé les lignes. Depuis que c’est devenu pop-urbain on dirait des photocopies ! C’est hard ce que je dis mais beaucoup de gens ont le même flow, font la même chose, copient les Américains… mais à un moment il faut aller plus loin.

Quatremille : Quels sont tes projets après la tournée ?

Dj Sonar : Aller au Niger pour ne rien faire. Au moins un mois. On verra aussi par rapport aux 30 ans comment ça va se passer, ce n’est pas que je suis lassé mais un moment j’ai envie de me poser.

Quatremille : Quelle est ta punchline préférée ?

Dj Sonar : J’en ai une de Smimooz « on devient malade d’être entouré de malades » ou « aussi triste qu’une chanson de François Valéry ». C’est mon beatmaker belge préféré, les R.A.B. portent bien leur nom, les « rien à branler ». Il y a bien d’autres punchlines, mais celles-là sont celles qui me restent dans la tête.

Quatremille: Un petit mot pour Quatremille ?

Dj Sonar : Je vous invite à venir voir mon expo pour Quatremille, je vais mettre des rap de Santo (co-fondateur de Quatremille) quand il faisait des clashes à la maison des jeunes du Thier-à-Liège !  Grosse dédicace à vous et merci pour l’interview.

 

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